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Budgets : mettre l’austérité en échec...

Les projets de budgets de l’État et de la Sécu pour 2027 font payer aux classes populaires une austérité massive, tandis que les profits et les dépenses militaires sont préservés. Pour les mettre en échec, une mobilisation d’ensemble est indispensable.

Présentée en Conseil des ministres le 1er octobre, la version définitive des projets de budgets 2027 de l’État (511 milliards d’euros de dépenses) et de la Sécurité sociale (683 milliards) ajoute 43 milliards de coupes aux 11 milliards déjà prévus pour aboutir à une purge austéritaire de 54 milliards, qui frappe d’abord les classes populaires.

Quelques mesures provisoires et limitées visant les entreprises et les plus riches entretiennent l’illusion d’un « effort partagé », sans masquer la réalité : les 211 milliards d’aides publiques aux entreprises (selon une commission d’enquête du Sénat) ne sont pour l’essentiel pas remis en cause.

Le « régalien » en hausse, le social et les services publics en baisse

Signe des temps, seul le ministère des Armées voit ses crédits bondir : + 11 %, soit 6,4 milliards d’euros. À l’appui de sa politique de remilitarisation, le pouvoir mise sur les crédits militaires pour relancer une croissance en berne : l’argent public doit offrir à des capitaux en mal d’investissement des débouchés dans l’industrie de l’armement. La police et la justice, fonctions répressives de l’État, sont ­épargnées. 

En contrepartie, le financement des services publics et de la « transition écologique » est freiné ou réduit. 1 588 postes d’enseignantEs doivent être supprimés ; le ministère du Travail et de l’Emploi subit un coup de rabot historique de 2,5 milliards d’euros. Les crédits dédiés à l’écologie, à la transition énergétique et à la recherche sont gelés. Les collectivités locales, qui assurent le financement de services publics de proximité, voient leurs crédits réduits de 5,4 milliards d’euros.

Quant aux agents publics, la reconduction du gel du point d’indice alors que l’inflation s’envole produira une nouvelle baisse de leur pouvoir d’achat.

Le hold-up sur la Sécu continue

L’argent de la Sécurité sociale devrait être celui des assurés sociaux, géré par eux. Le vote du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) par le Parlement les en dépossède et permet aux gouvernements successifs d’imposer leur austérité à une Sécu dont le budget est supérieur d’un tiers à celui de l’État. 

C’est ce que vise le gouvernement Lecornu en mettant à contribution les retraités, les malades et les accidentés du travail, ainsi que les bénéficiaires de prestations familiales.

Si le PLFSS est adopté, les revenus des retraitéEs seront durement frappés. Au-dessus de 1 250 euros (moins que le SMIC net !), les pensions seront partiellement ou totalement gelées alors que l’inflation repart. Le budget de l’État remet en outre en cause l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions.

Les malades et les accidentéEs du travail sont aussi dans le viseur : transfert vers les complémentaires de certains remboursements (transport, soins dentaires), qui fera grimper leurs tarifs ; hausse du plafond des franchises médicales, nouvelles restrictions sur les affections de longue durée et les accidents du travail, ces trois mesures entrant d’ores et déjà en application. Les budgets des hôpitaux et des EHPAD ne permettront même pas la reconduction de moyens pourtant très insuffisants.

Les allocations familiales, les allocations de rentrée scolaire et les aides personnalisées au logement (APL) seront également gelées en 2027 si le PLFSS est adopté.

Augmenter les recettes, prendre sur les profits

Patronat et gouvernement tentent d’accréditer l’idée que les déficits de l’État ou de la Sécu seraient dus à des dépenses excessives qu’il serait urgent de réduire pour ne pas « creuser la dette », afin de détourner l’attention de la véritable question : l’insuffisance des recettes, conséquence du désengagement fiscal des entreprises et de la régression des cotisations dites « patronales ». 

Développer les services publics pour répondre aux besoins fondamentaux, garantir l’accès de toutes et tous à des soins de qualité, assurer à chacune et chacun une vie décente au travail et en dehors, c’est possible et il n’y a aucune raison d’y renoncer. Mais pour cela, il n’est pas d’autre voie que de prendre sur les profits, et cela ne se fera pas sans lutte. 

Les budgets Lecornu doivent être rejetés, mais le combat pour que l’argent public aille à la satisfaction des besoins de la population et non aux dividendes des actionnaires ne peut se cantonner à l’enceinte parlementaire. Une mobilisation d’ensemble est indispensable, dès maintenant, dans la rue et dans les entreprises. La jeunesse, qui entre en lutte pour exiger les moyens d’étudier et un avenir qui ne soit pas fait de précarité, ouvre une brèche. Il y a urgence, dans les semaines qui viennent, à l’élargir.

J. C. Delavigne

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