L’Espagne est en pleine effervescence politique. L’expulsion de Mari Carmen, une femme de 87 ans, de son logement a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
L’opposition à l’expulsion de Mari Carmen et la répression massive qui s’est abattue sur celles et ceux qui lui ont manifesté leur solidarité ont provoqué, à partir du 26 septembre, une explosion sociale sans précédent depuis dix ans, suivie par des mobilisations de grande ampleur le samedi 3 octobre. Cela ouvre la voie à la grève générale réclamée par le mouvement et à laquelle se sont déjà ralliés les principaux syndicats de l’État espagnol, les mouvements de l’éducation, ainsi que les syndicats de Catalogne et du Pays basque.
La lutte paie : on ne peut pas dire mieux
Les manifestations ont permis une première victoire rapide : deux jours plus tard, Mari Carmen récupérait son appartement. Dix jours après le début du mouvement, le président Sánchez a convoqué des élections législatives pour le 29 novembre, face à l’incapacité de son gouvernement (PSOE-Sumar) à faire adopter deux timides décrets-lois en réponse aux revendications du mouvement. Ces décrets-lois, qui auraient été des victoires partielles mais réelles pour le mouvement, ne s’attaquaient pas au cœur du problème : les fonds d’investissement et les classes moyennes rentières, pour qui le logement n’est pas un lieu de vie mais un bien destiné à la spéculation et à l’enrichissement.
Comme Anticapitalistas l’a souligné dans son communiqué, le président Sánchez espère, en convoquant ces élections, profiter de cette mobilisation pour faire du scrutin un « plébiscite entre son projet progressiste et un essor réactionnaire ». Mais il ne faut pas oublier que la crise actuelle survient après huit ans d’un gouvernement de coalition (d’abord PSOE-Podemos, puis PSOE-Sumar) qui s’est montré incapable de s’attaquer aux problèmes. Pendant ces huit années, nous avons assisté à plus de 250 000 expulsions.
Centralité de l’élan vers la grève générale
De la même manière, il faut garder en mémoire que ces élections auront lieu dans un contexte de montée de la droite et de l’extrême droite, tant dans l’État espagnol qu’à l’échelle internationale.
De là l’importance et la centralité de cet élan vers la grève générale, en pleine campagne électorale. Le succès de cette mobilisation est crucial : c’est de lui que dépend la possibilité non seulement de freiner la droite et l’extrême droite, mais aussi de radicaliser la position des partis qui prennent aujourd’hui part aux gouvernements de coalition de Sánchez, discrédités par huit ans de gestion social-libérale. Ce mouvement et son succès doivent permettre l’émergence, dans tout l’État espagnol, de candidatures unitaires de rupture comme celle d’Adelante Andalucía.
Dans ce contexte, il sera nécessaire, comme le rappelle Anticapitalistas, de « travailler à générer des structures de pouvoir populaire qui permettent, peu importe qui remporte les élections, de poursuivre et d’intensifier le cycle des luttes, et ainsi d’entrevoir un autre horizon ».
Correspondant