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Contre le permis de tuer, désarmer l’injustice

La loi dite du « permis de tuer » doit encore passer par le Sénat. En officialisant la présomption de légalité des tirs policiers, elle augmenterait encore le pouvoir policier et le nombre de tués, majoritairement non blancs. La mobilisation est une urgence.

La vidéo des policiers municipaux de Carcassonne a fait le tour des médias la semaine dernière : un brigadier-chef adhérent du RN et trois collègues y enchaînent insultes racistes et propos misogynes, homophobes, putschistes. Le maire RN les a suspendus pour avoir été filmés, pas pour avoir été racistes : l’enregistrement avait fuité dans le commissariat dès fin 2025…

Omniprésence du racisme dans la police

Réalité tristement banale : tous les six mois, une vidéo ou une enquête vient documenter le racisme dans la police. Groupes WhatsApp en roue libre, procédures, vidéosurveillances… Ces enregistrements ne révèlent aux commentateurs que ce que les habitantEs des quartiers populaires savent depuis des décennies : ce sont des interactions ordinaires.

Mais il ne s’agit pas que de mots. Le discours raciste va de pair avec une pratique qui l’est tout autant : la police exerce une puissance répressive sur les corps, et en premier lieu sur les corps non blancs. À Carcassonne toujours, une vidéo diffusée ce week-end montre un policier national projetant au sol Youssef E., 29 ans, mort treize jours plus tard. Le parquet, qui a saisi l’IGPN après la diffusion de la vidéo ces derniers jours, écarte tout lien de causalité. Sans images, pas de mise en examen : le meurtre de Nahel l’avait déjà montré. Cette déshumanisation autorise les violences policières autant que leur justification ; elle opère aussi dans les « oublis » de qualification : il a fallu une mobilisation, à Espaly-Saint-Marcel, pour que l’homme qui a tiré à la carabine sur des enfants racisés soit aussi poursuivi pour injure raciste.

Institution coloniale et fascisation

La police est un outil de maintien de l’ordre capitaliste : elle protège les puissants et reconduit la hiérarchie de classe. Dans le contexte français, impérial et colonial, elle s’est aussi formée dans la répression des « indigènes » de l’empire, y compris en métropole. La BAC descend des brigades mises en place dans l’Algérie coloniale, et la pacification des quartiers populaires par une présence permanente et répressive est une doctrine de maintien colonial. Elle se déploie d’ailleurs dans ce qui reste de l’empire, de la Guadeloupe à la Kanaky.

La progression d’une organisation néofasciste comme le RN et la banalisation des idées racistes donnent encore plus de légitimité et d’impunité aux violences policières. La loi de 2017 avait élargi les conditions de tir : depuis, les tirs mortels sur véhicule en mouvement ont été multipliés par cinq. La PPL 691, modifiée sur demande du gouvernement en présomption de légalité des tirs, a été adoptée le 7 juillet par 313 voix, de la macronie au RN : il reviendrait aux proches de la victime de démontrer qu’un tir n’était ni nécessaire ni proportionné. Or, sur 437 morts liées à une intervention policière depuis 2017, moins de 2 % des affaires dont l’issue est connue ont abouti à une peine ferme. 

En finir avec l’ordre policier

Nous ne sommes donc pas pour « améliorer les conditions de travail » de la police. Contrairement aux services publics utiles, le sous-effectif policier n’entraîne pas une baisse du service rendu à la population. Police et gendarmerie ont profité de la militarisation générale, leurs équipements se sont multipliés et leur létalité a augmenté. Réclamer plus de commissariats et de moyens pour la police, c’est transférer les moyens du service public vers la répression sociale, politique et syndicale.

Le racisme est structurant dans l’institution policière, tenue par une solidarité de corps que solidifient des syndicats puissants, corporatistes et acquis à l’extrême droite, qui pèsent en permanence sur les gouvernements. Privée du droit de grève, elle est pourtant l’une des rares à arracher des « victoires » quand les autres fonctionnaires perdent du terrain. Ce n’est pas un hasard : la classe dirigeante s’attend à des confrontations de plus en plus violentes avec le mouvement social et s’attache l’institution qui en sera le rempart. Le 19 septembre, il faudra le dire : il est temps de poser la question de la légitimité de cette institution, et de parler de son abolition.

Commission nationale antiraciste

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