La droite et le gouvernement ont critiqué Philippe Poutou pour sa phrase, prononcée sur un plateau télé : « Il faut que ça pète. » Pour le gouvernement et la droite, ce qu’il faut, c’est une population résignée à subir la misère et l’injustice sociale sans moufter.
Dans leur grand cynisme et leur mépris, ils semblent penser qu’avec des médias comme porte-voix, avec la force de l’ordre policier et avec des explications techniques, on peut faire passer toutes les politiques austéritaires sans résistance majeure de la population. Mais la cocotte-minute sociale accumulait de la pression et ce qui devait arriver arriva : ça a pété.
Et ce n’est pas parce que Philippe l’a dit. Ce n’est pas, comme le prétend le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, parce que notre organisation aurait appelé à la révolte que ça a pété. C’est parce que la situation était, et reste, intenable pour des millions de personnes.
Le gouvernement à nu
Macron a largement montré qu’il ne pouvait pas, ou ne voulait pas, entendre les revendications du mouvement social. Ses principaux ministres n’ont pas été ses Premiers ministres, mais ses ministres de l’Intérieur. Castaner, Darmanin, Retailleau, Nuñez. Lors du mouvement des Gilets jaunes, déjà, on voyait des pancartes qui disaient « Il ne te reste que la police ».
Mais parfois, la police ne suffit pas, surtout quand les technocrates de la place Beauvau n’arrivent même pas à prévoir que ça peut péter. Après avoir vidé l’État de tout semblant de démocratie, en utilisant le 49.3 à tour de bras et en nommant Barnier, Bayrou ou Lecornu comme Premiers ministres après avoir perdu les législatives ; après avoir vidé l’État de tout contenu social, en cassant tous les services publics, santé et éducation en tête ; après avoir fait augmenter la pauvreté et le chômage, mais aussi les revenus des grandes fortunes, Macron s’étonne qu’une partie de la population ne respecte pas « l’ordre républicain ».
Notre organisation n’a jamais défendu l’ordre capitaliste. Mais c’est ce gouvernement qui a mis en danger sa république.
La question de la violence
Les médias et le gouvernement se concentrent sur des scènes de violence, affirmant que les « casseurs » ont volé la manifestation aux manifestantEs. Ils appellent au calme et font mine de reconnaître enfin la légitimité des revendications, sans toutefois y apporter la moindre réponse. En substance, ils disent : « Si vous voulez manifester, faites-le, mais sans gêner », et ils ne proposent aucune solution.
L’extrême droite en profite pour accuser l’immigration d’être à l’origine de la violence, tandis que le gouvernement accuse l’extrême gauche, sans expliquer les raisons de cette explosion sociale massive.
Comme toute explosion sociale, celle-ci suit des chemins sinueux. Il n’existe pas d’explosion sociale contrôlée. Le mécontentement s’exprime comme il le peut, et passe parfois par des pillages et des affrontements avec la police. Les appels à condamner la violence et les menaces de poursuites n’ont pour seul objectif que de discipliner et de museler la contestation sociale.
Pour nous, la question n’est pas de faire la distinction entre les bonNEs et les mauvaisES manifestantEs, entre des méthodes moralement acceptables et des méthodes condamnables, mais de savoir comment préserver l’unité et la radicalité du mouvement, comment œuvrer pour le prolonger, l’élargir encore et le structurer.
Résister à la répression
Le gouvernement cherche des responsables, il essaie de discréditer le mouvement et de l’étouffer par la force de la loi. Mais le combat ne fait que commencer. Nous devons trouver le moyen de faire en sorte que ce ne soit pas la répression qui gagne et que les exigences sociales soient satisfaites.
Le gouvernement croit qu’on fait baisser la pression en serrant le couvercle encore plus fort. Il risque d’apprendre que c’est comme ça qu’on fait sauter la cocotte.
Martin Hache