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Vote RN, vote racial...

Le vote RN capte jusqu’à 30 % de l’électorat, souvent fantasmé comme un électorat en colère, anti-système et dégagiste. Pourtant, sa cohésion repose avant tout sur une lecture raciale des inégalités sociales et sur la promesse de la « préférence nationale ».

On présente souvent les électeurEs RN/FN comme des travailleurEs déçuEs d’une gauche qui délaisserait le social pour le sociétal, se trompant de combat mais qui auraient pu voter à gauche. Cette analyse explique en partie certains mouvements électoraux, notamment populaires, dans le Nord et l’Est. 

Un électorat qui regarde en haut et en bas

Pourtant, les études montrent que le comportement électoral majoritaire chez les ouvrierEs est l’abstention, et non le vote d’extrême droite, et que l’électorat RN est essentiellement centré sur les petites couches moyennes et le prolétariat stabilisé. Il se caractérise aussi par son faible niveau d’études et d’intégration à une économie tertiarisée dont l’encadrement reste réservé à une élite éduquée. La moitié des électeurEs sans baccalauréat ont voté RN : des artisanEs, mais aussi des ouvrierEs ou des employéEs des collectivités. Malgré la jeunesse mise en avant autour de Jordan Bardella, cet électorat est plus âgé que la moyenne des votantEs : les 50-60 ans en restent le cœur.

Cette position sociale intermédiaire nourrit une détestation dirigée vers le haut et vers le bas : à la fois vers des élites politiques et culturelles, supposément de gauche, et vers les personnes en bas de l’échelle sociale, supposément racisées et assistées. Cet électorat n’est pas opposé par principe à la redistribution par l’État : il n’est pas libéral. Mais il considère qu’elle bénéficie actuellement surtout aux personnes non blanches, vues comme oisives et profitant du système. Il faut donc, pour les électeurEs RN, d’abord renforcer le pacte racial, opérer une révolution raciste, pour que la redistribution puisse ensuite leur bénéficier.

Cette priorité éclaire la fidélité de cet électorat. Le RN a considérablement varié son discours économique et social, de l’ultralibéralisme des années 1980 au « socialement je suis de gauche » de Le Pen. Sous Bardella, seules les retraites subsistent comme référence sociale. Cela n’a pas démobilisé son électorat, qui le justifie par la priorité aux mesures racistes. D’ailleurs, ces électeurEs supposément « anti-système » réélisent souvent leurs maires RN au premier tour, et le parti ne subit pas de reflux lié aux « difficultés » de la politique ­institutionnelle.

Le racisme comme boussole

La seule boussole constante du RN reste le discours sur l’immigration et la civilisation occidentale. Le RN porte la revendication du racisme d’État, autrement dit de la « préférence nationale ». Au cœur de son message demeure la promesse fasciste de purger le corps national de l’étranger, supposé responsable de tous les problèmes et de la décadence de la nation.

Comme le résume Félicien Faury : « Chez les électeurs RN, il y a une racialisation de la question sociale. » À partir de leur position sociale intermédiaire, les électeurEs RN articulent donc consciemment leur malaise social et racial, sans les séparer. La fuite des quartiers où la population immigrée est jugée trop importante, le contournement scolaire et la recherche d’un entre-soi blanc révèlent une dynamique fondamentale de cet électorat.

Le vote RN structure ainsi une conscience de soi marquée par le suprémacisme blanc, chez des électeurEs habitéEs par un sentiment de déclassement : il n’est plus une maladie honteuse, mais un marqueur social. Cet entre-soi raciste prospère dans les zones délaissées par les associations, syndicats et organisations de gauche. Les associations de solidarité sont d’ailleurs les premières visées par les coupes de subventions lorsqu’une mairie passe au RN, comme dans de nombreuses villes cette année.

C’est donc sur ce terrain qu’il faut les combattre. L’absence de conflictualité sur le discours raciste est un facteur majeur de la progression du RN. Il faut la remettre au cœur de la lutte antiraciste. ConfortéEs par un entre-soi complaisant, les racistes doivent de nouveau avoir peur d’afficher leur racisme.

Édouard Soulier

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