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Un duopole sino-étatsunien en tension...

Donald Trump avait reporté sa venue à Pékin (au grand déplaisir de Xi Jinping) le temps, espérait-il, d’en finir avec l’Iran et d’arriver en position de force. C’est l’inverse qui s’est produit. Il est venu supplier les Chinois, alliés des Iraniens, de l’aider à sortir d’un pétrin dont il est seul responsable.

Xi souhaite certes la réouverture du détroit d’Ormuz et ne veut pas voir un nouveau pays entrer dans le club très fermé des puissances nucléaires. Il sait cependant que Trump est sous pression pour des raisons de politique intérieure et lui met le marché en main : il doit céder gros concernant le soutien à Taïwan.

Incertitude dangereuse pour Taïwan 

Taïwan (la République de Chine) est issu d’une histoire très particulière. Pékin joue sur ses contradictions internes. Le Kuomintang, parti de la contre-révolution, avait envahi l’île après sa défaite sur le continent en 1949, imposant un régime dictatorial jusqu’au Mouvement des tournesols en 2014, qui a conduit progressivement à l’établissement d’une démocratie. Il garde cependant une base sociale et un poids politique, clientélisme et corruption aidant. Ses dirigeants se divisent sur les rapports à la Chine (continentale). 

Le PCC préférerait aujourd’hui imposer un blocus économique sévère de l’île, plutôt que tenter une invasion militaire assez aléatoire.

Il promet monts et merveilles aux hommes d’affaires, mafieux et politiques qui lui serviraient de cinquième colonne, pour assurer la mainmise de Pékin. Vu la façon dont Xi Jinping purge ses alliés d’un temps, ils devraient se méfier. Quant à la population taïwanaise, qui bénéficie d’une démocratie (bourgeoise et imparfaite), on voit mal pourquoi elle opterait librement pour se voir absorber par un régime opaque et super-autoritaire. Elle a droit à une autodétermination exercée sans menaces extérieures.

Taïwan est de fait indépendant, mais ne le proclame pas officiellement. En réponse aux sous-entendus de Donald Trump, au sortir de sa visite avec Xi, menaçant de réduire le soutien des États-Unis, le président taïwanais Lai Ching-te a réaffirmé la « souveraineté » de cet État, son indépendance non officielle. On est entré dans une zone d’incertitude dangereuse.

Modifier le statu quo aurait des répercussions en chaîne dans toute l’Asie orientale, de la Corée du Sud et du Japon jusqu’au Vietnam. Vu la centralité géopolitique de l’Eurasie, des « répliques » de ce séisme pourraient toucher l’Asie centrale, l’Arctique, la Russie et l’Europe…

Vers un duopole sino-étatsunien

Ce qui se confirme cependant, c’est que nous tendons vers un duopole mondial sino-­étatsunien (nécessairement très conflictuel) et non vers une confrontation militaire entre grandes puissances. C’était l’hypothèse qui me semblait depuis longtemps privilégiée.

Aujourd’hui, la Chine renforce sa main au sein de ce duopole, mais il ne faut pas oublier son impuissance quand Trump a « coopté » une aile du régime vénézuélien et alors qu’il menace Cuba. Pékin renforce sa présence militaire internationale grâce à sa politique d’achat de ports à double fonction, économique et militaire. Rien de comparable cependant à la puissance étatsunienne.

L’Indo-Pacifique est devenue une région d’importance stratégique majeure où se jouent (aussi) les équilibres mondiaux. Joe Biden l’avait compris et l’un de ses principaux succès a été d’avoir préparé, au moment de la débâcle afghane dont il avait hérité de Donald Trump, un déploiement de moyens politico-militaires, économiques et diplomatiques dans cette région. De retour au pouvoir, Trump s’est empressé de défaire ce « pivot » asiatique. Mal lui en a pris.

La fonctionnalité du duopole sino-étatsunien sera testée dans les prochains mois, Trump et Xi devant se rencontrer à de multiples occasions, soit en tête-à-tête (Xi est invité aux États-Unis), soit lors de réunions internationales. Pour l’heure, sur les questions du commerce, des terres rares, des technologies, rien ne semble avoir été décidé, malgré les cris de victoire de Trump. Facteur d’incertitude majeur : les États-Unis, mais aussi la Chine très probablement, sont en proie à de profondes crises de régime.

Pierre Rousset

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