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En Kanaky, face aux manœuvres du gouvernement français, l’enjeu des élections provinciales...

Le gouvernement français et la majorité des parlementaires, du centre à l’extrême droite, se cramponnent au rêve colonial en déniant au peuple kanak son droit à l’autodétermination, et n’en finissent plus de chercher de nouveaux stratagèmes.

Après la loi sur le dégel du corps électoral bloquée en mai 2024 par le soulèvement de la jeunesse de Kanaky (15 morts dont 13 Kanak), l’échec du passage en force des « accords » de Bougival (rejetés par la majorité des organisations politiques, sociales et coutumières kanak à l’automne 2025), puis le rejet du projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie par l’Assemblée nationale le 2 avril 2026 (grâce à la mobilisation par le FLNKS des groupes parlementaires qui respectent encore un peu les accords démocratiques), une nouvelle phase commence : la préparation des élections provinciales du 28 juin prochain.

Ouverture du corps électoral à marche forcée

Ces élections auraient dû avoir lieu en mai 2024, mais elles avaient été repoussées une première fois par l’État français qui espérait faire passer le dégel du corps électoral afin de mettre les indépendantistes kanak en minorité. Reportées à l’automne 2025, elles ont été une nouvelle fois repoussées pour attendre le projet de loi constitutionnel qui démantelait de fait la limitation du corps électoral inscrite dans les Accords de Nouméa de 1998 et dans la Constitution française depuis 2007. Après le rejet de ce projet, le gouvernement, s’appuyant sur les anti-indépendantistes de Nouméa, a fait voter le 21 mai 2026 une loi ouvrant le corps électoral à 10 575 « natifs » pour les prochaines provinciales. Et il l’a faite ratifier dans la foulée (28 mai) par le Conseil constitutionnel — qui a trouvé, contre tout fondement, que ce n’était pas contradictoire avec l’équilibre garanti par les accords de Nouméa.

Cette loi de circonstance ne fait que des mécontentEs. Le FLNKS était ouvert à l’ouverture du corps électoral à un certain nombre de natifs depuis 1998, mais dans le cadre d’un accord global sur le processus de décolonisation. À défaut d’accord global, cela revient à acter un recul sur une garantie minimum prétendument actée par la Constitution, et donc à renforcer les anti-­indépendantistes qui réclamaient à cor et à cri ce « dégel ». Mais même eux ne sont pas satisfaitEs. Bien qu’il intègre plus de 5 000 natifs, ils qualifient le vote « d’infamie » car l’ouverture aux conjointEs de natifs a été rejetée à une voix près par les parlementaires.

Des élections provinciales décisives

Autant dire que ces manœuvres renforcent encore les enjeux de ces élections. Le FLNKS, par la voix de Christian Tein, appelle toustes les indépendantistes à discuter pour s’unir dans la Province Sud afin de contrer l’unité de la droite anti-indépendantiste derrière S. Backès. Celui qui dirige actuellement la province met en œuvre des politiques discriminatoires, clairement racistes, dans les écoles, l’accès au logement et aux transports. Son objectif revendiqué est de pousser les Kanak à quitter la province pour partir dans les provinces du Nord ou des Îles, majoritairement indépendantistes. 

De plus, c’est parmi les éluEs provinciaux que sont élus les membres du Congrès qui élisent ensuite le gouvernement de Nouvelle-Calédonie. Pour faire face à la crise économique accélérée depuis mai 2024, qui a provoqué la perte de 20 000 emplois selon les comptes de l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploitéEs (USTKE), l’effondrement du système de soins, de santé, de protection sociale, et la crise du nickel, la population a besoin d’un gouvernement qui défende ses intérêts matériels et politiques, un gouvernement prêt à se confronter à l’État français qui utilise toutes les armes du chantage aux subventions pour tenter de faire survivre encore un peu la domination coloniale et l’illusion de peser parmi les puissances impérialistes. 

Le NPA-l’Anticapitaliste est pleinement solidaire des préoccupations portées par les forces indépendantistes et leur apportera tout le soutien ­possible.

Cathy Billard

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