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Il y a vingt ans, l’antisémitisme tuait Ilan Halimi...

Il y a 20 ans, le 13 février 2006, l’agonie de Ilan Halimi prend fin. Kidnappé après un guet-apens le 20 janvier, il est séquestré à Bagneux et torturé d’une manière abominable pendant 24 jours. Le 13 février, il est retrouvé nu, tondu, affamé, avec des traces de coups, des coupures, des brûlures sur 80% du corps, laissé à l’abandon. Il meurt peu après son arrivée à l’hôpital.

L’horreur a frappé tout le monde. Mais la reconnaissance du rôle de l’antisémitisme dans ce crime a donné lieu à des résistances, y compris dans nos espaces politiques. Certes, le groupe qui l’a enlevé n’avait pas un projet politique antisémite construit. Leur mobile, c’est l’argent. Ses kidnappeurs voulaient obtenir une rançon. Ils ont même essayé deux autres kidnappings avant, sur des personnes qui n’étaient pas juives. Mais ils ont finalement choisi Ilan Halimi parce qu’il était Juif, et parce que selon eux les Juifs sont riches et solidaires entre eux, et allaient donc payer la rançon.

L’antisémitisme tue

Ce trope antisémite qui lie les Juifs à l’argent est ancien. Il remonte à la fin du Moyen Âge quand l’Église a interdit aux chrétiens le prêt à intérêt et que quelques Juifs, à qui beaucoup de professions étaient interdites, ont pris cette fonction de prêteur, dont la société avait besoin. Mais dès cette période, ces métiers ne concernaient qu’une petite minorité des Juifs, qui n’étaient pas riches pour autant. Ilan Halimi était quant à lui un modeste vendeur, employé par un magasin de téléphones mobiles.

Les débats sur la manière de dire les choses sont secondaires : il est incontestable que l’antisémitisme a joué un rôle déterminant dans le choix d’enlever Ilan Halimi, et sans doute aussi dans les tortures qui lui ont été infligées. Le préjugé antisémite liant les Juifs à l’argent a tué Ilan Halimi. 

L’antisémitisme tue. Et ce ne sera malheureusement pas la dernière fois que l’antisémitisme aura tué en France. Tuerie à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, tuerie de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes en 2015, assassinats de Sarah Halimi en 2017 et de Mireille Knoll en 2018… Les situations ne sont pas les mêmes, mais à chaque fois l’antisémitisme joue un rôle important dans ces meurtres. 

Combattre l’antisémitisme par-delà ses instrumentalisations

Alors oui, la manière dont l’anti­sémitisme est massivement instrumentalisé contre les PalestinienNEs et leurs soutiens, contre la gauche, contre les musulmanEs et contre les non blancHEs est proprement scandaleuse. Plus de deux ans de génocide à Gaza, de complicité et d’impunité, cela a des effets. Les discours qui défendent l’État colonial israélien au nom de la lutte contre l’antisémitisme ­nourrissent les amalgames antijuifs.  

Mais cela ne doit pas nous empêcher de combattre l’antisémitisme et les représentations qui lui sont liées. On voit comme le complotisme antisémite explose avec tous les discours autour de l’affaire Epstein, qui ne révèle pourtant rien d’autre que les effets du capitalisme et du patriarcat : l’argent et le pouvoir permettant l’achat, l’exploitation et la destruction de corps, en particulier ceux de femmes jeunes, précaires, isolées. 

20 ans après la mort d’Ilan Halimi, il faut rappeler que l’antiracisme ne se divise pas et que notre combat contre l’anti­sémitisme en fait pleinement partie. Parce que l’antisémitisme est contre-révolutionnaire, en ce qu’il remplace la critique du système capitaliste et de l’impérialisme par une vision complotiste du monde et parce que l’antisémitisme a des effets concrets sur les Juifs et Juives, comme on peut le constater, alors que l’actualité est régulièrement marquée par des violences et des dégradations de lieux de culte ou de mémoire.

Olivier Lek Lafferrière

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