Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Actualités internationales... - Page 96

  • Scandale du chlordécone, crime d’État colonial !

    L’enquête préliminaire ouverte par une plainte déposée en 2006 par plusieurs associations antillaises vient d’être clôturée. Le délai est à lui seul un scandale (15 ans d’enquête sur des faits qui se sont produits entre 1972 et 1993), et tout cela pour ne réclamer aucune mise en examen, ce qui annonce un probable non-lieu. Envisager un non-lieu dans une affaire où une population a non seulement été empoisonnée pendant des années par un produit reconnu dangereux puisqu’interdit aux États-Unis dès 1975, mais où 90% de la population actuelle est toujours exposée aux contaminations contenues dans les sols et la mer aujourd’hui encore, est un pur non-sens. Sauf à se rappeler le déni colonial : ce produit interdit tardivement en France (1990) a continué à être utilisé dans les bananeraies de Martinique et Guadeloupe jusqu’en 1993, territoires mis hors du droit commun, du fait colonial.

    Le NPA s’associe pleinement à la colère des associations martiniquaises qui dénoncent ce nouveau déni juridique et qui revendiquent de légitimes réparations des préjudices individuels et collectifs subis par le peuple antillais :

    - mesures concrètes pour la détoxication des personnes et la dépollution des sols et des eaux destinées à la consommation et aux cultures ;

    - mise en place d’un programme conséquent de recherches ;

    - réalisation immédiate d’une cartographie complète et détaillée des sols pollués ;

    - aide aux paysanEs pour des solutions alternatives, pour un changement de modèle agricole et alimentaire ;

    - mise à disposition des agriculteurs et agricultrices qui en sont privés de terres à cultiver, en particulier de terres en friches pour une agriculture sans chlordécone, sans pesticides ;

    - association réelle des instances locales et du mouvement social à la définition et à la conduite des stratégies de sortie de cette crise sans précédent ;

    - jugement et condamnation des responsables (économiques et politiques) de ce désastre alors que, jusqu’à ce jour, une choquante impunité règne ;

    - indemnisation et prise en charge de l’ensemble des victimes.

    Le NPA soutiendra donc toutes les démarches et mobilisations initiées par les associations pour que la justice soit rendue. Dans cet objectif, le NPA appelle les organisations, syndicats, associations de métropole à se réunir pour envisager des actions communes afin de rompre le silence et de construire des mobilisations en pleine et entière solidarité contre les injustices de l’État colonial français.

  • Crise climatique - Rapport du GT3 du GIEC : de la rigueur scientifique à la fable sociale !

    Le Groupe de Travail 3 vient de sortir sa contribution au sixième rapport d’évaluation du GIEC, sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Elle complète celles du GT1 (sur la science du changement climatique) et du GT2 (sur les risques et l’adaptation).

    Lire la suite

  • « Notre boussole : la solidarité avec les peuples »...

    « Condamner l’invasion russe, défendre une Ukraine indépendante et libre et soutenir les forces démocratiques en Russie forment un seul et même combat. » Le Comité de solidarité avec le peuple ukrainien appelle à manifester à Berne ce samedi.

    Le 24 février 2022, les troupes de la Fédération de Russie sont entrées en Ukraine. Bien loin des prévisions initiales, démontrant de ce seul fait la fausseté de l’idéologie coloniale qui prévaut au Kremlin, l’armée ukrainienne et la population du pays résistent. Elles résistent par les armes, elles résistent aussi contre l’invasion par bien d’autres moyens. Tous les jours, des milliers de manifestant·es protestent dans les zones occupées par l’armée russe. Pour tenter de briser cette contestation, des maires et du personnel administratif sont enlevés.

    Alors qu’a échoué le projet de briser en quelques jours l’Ukraine indépendante, la barbarie des armées russes augmente en intensité : bombardements et destructions de villes entières, usage d’armes interdites, recours à des supplétifs étrangers, déplacements forcés, villes assiégées, brutalités de toutes sortes… Il est à craindre que le déploiement de la terreur s’amplifie encore. Grozny et Alep hier ; Kiyv, Kharkiv, Marioupol – Idlib aussi – aujourd’hui.

    La résistance du peuple ukrainien a son pendant en Russie et au Belarus. Dans ce dernier pays, des cheminots entravent avec courage l’utilisation par l’armée russe des chemins de fer. En Russie, sous une répression qui s’accroît à mesure que les armées russes s’enlisent, des milliers de Russes s’opposent à la guerre et sont emprisonné·es pour cela.

    Notre monde est entré dans une spirale d’incertitudes et d’inconnues.

    Pour s’orienter, il faut donc se doter d’une boussole. Certain·es l’ont perdue, ou alors la leur indique une autre direction que le Nord. Il en va ainsi de celles et ceux qui ne voient pas l’évidence d’une guerre d’agression visant à détruire l’indépendance de l’Ukraine. Des arguties, des subtilités dissimulent mal leur embarras dès lors qu’il s’agit de condamner la Russie et son régime autocratique.

    Or ce régime a contribué à réprimer les mouvements démocratiques au Belarus et au Kazakhstan, bombarde depuis septembre 2015 les populations civiles en Syrie en appuyant l’une des dictatures les plus brutales du monde, arme des commandos dans plusieurs pays d’Afrique, alors qu’à domicile, il détruit toutes les libertés publiques, tout droit social et démocratique. Par ailleurs, ce régime finance et attise la haine et les extrêmes droites partout dans le monde.

    Cette boussole détraquée, obnubilée par l’impérialisme américain et soumise à une vision géopolitique binaire, est incapable de comprendre que la Russie est un régime réactionnaire, autocratique, antipopulaire et un fauteur de guerre. Pire encore, elle oublie les peuples, dont les aspirations disparaissent. Notre boussole a pour Nord la solidarité envers les peuples, non envers les Etats.

    Est-ce à dire que nous nous trouvons dans une situation où le bien s’oppose au mal ? Aucunement. La dernière décennie en Syrie nous a appris que nous ne pouvions accorder aucune confiance aux Etats occidentaux et à leurs alliances. Nous condamnons les appels au réarmement qui se servent de la guerre d’agression de Poutine comme d’un prétexte. En résistant, les peuples de l’Ukraine se battent pour leurs libertés et pour les nôtres. En nous solidarisant avec leur combat, nous faisons de même.

    Condamner l’invasion russe, défendre une Ukraine indépendante et libre et soutenir les forces démocratiques en Russie forment un seul et même combat. L’occasion de montrer cette solidarité est donnée par la manifestation nationale à Berne le 2 avril. Nous appelons également la population à rejoindre l’un des comités de solidarité qui existent dans plusieurs cantons.

    Sébastien Abbet
    Hanna Perekhoda
    Antoine Chollet
     
     
  • Ukraine-Russie-USA : une nouvelle lutte pour la suprématie impériale mondiale...

    Nous publions des extraits d’un article de David Finkel, mis en ligne sur le site de Solidarity (https://solidarity-us.or…). Un point de vue utile aux discussions qui animent les gauches anticapitalistes à l’échelle internationale1.

    Sans répéter de nombreux points de la position de Solidarity sur la guerre, nous, la gauche socialiste et anti-impérialiste (des États-Unis), devons commencer par saisir simultanément deux points centraux.

    La haine de Poutine pour l’indépendance de l’Ukraine

    Pour le public des États-Unis, il est essentiel d’expliquer comment l’expansion de l’Otan en Europe de l’Est après la dissolution de l’Union soviétique était une provocation continue, motivée par l’idéologie triomphaliste impériale américaine – « l’ordre international fondé sur des règles » signifiant que « nous faisons les règles et nous donnons les ordres ». Des observateurs intelligents, dont nul autre que George Kennan, l’architecte de l’«endiguement» de l’Union soviétique par l’Occident pendant la guerre froide, ont averti dans les années 1990 que rien de bon n’en sortirait. William Burns, qui est aujourd’hui le directeur de la CIA, le savait également lorsqu’il était un haut diplomate des États-Unis en Russie.

    Pour la gauche, il est essentiel de comprendre que l’Ukraine mène une guerre de défense nationale tout à fait légitime. L’invasion de l’Ukraine par le président russe à vie Poutine est basée sur des mensonges monstrueux. L’Ukraine n’était pas sur le point de rejoindre l’Otan, ni maintenant ni dans un avenir prévisible – cela aurait divisé l’alliance occidentale, et l’Allemagne ne l’aurait pas permis. Les UkrainienEs russophones ne sont pas confrontés à un « génocide ». En fait, les zones les plus russophones sont précisément les villes de l’est de l’Ukraine que la Russie est en train de détruire. Cette invasion est le produit de la haine de Poutine pour l’indépendance de l’Ukraine et du refus de son peuple d’accepter la domination russe.

    Le droit de l’Ukraine à se défendre

    Ne pas reconnaître le premier point, c’est tomber dans le piège impérialiste

    avec son discours plein d’hypocrisie de « défense des valeurs libérales et de la démocratie ». Mais pour la gauche, qualifier l’invasion de la Russie d’action « défensive » revient à faire du social-patriotisme (« socialisme en paroles, chauvinisme en actes ») pour Poutine.

    Aucun socialiste digne de ce nom ne peut nier le droit de l’Ukraine à la défense nationale contre cette horreur qui se déroule, ni l’obligation d’aider ceux qui fuient. Et précisément parce que la Russie ne parvient pas à détruire l’armée ukrainienne, elle s’est tournée vers le bombardement terroriste et le massacre de la population, le recrutement de « volontaires » mercenaires syriens qui n’auront aucune « sympathie » pour les civils ukrainiens, peut-être même la guerre chimique (pour une fois, les accusations étatsuniennes à ce sujet semblent crédibles).

    Il y aura au minimum plusieurs millions de réfugiéEs civils en provenance d’Ukraine. Nous ne pouvons pas savoir maintenant combien d’entre eux pourront rentrer, ni quand ni vers quoi ils retourneront. L’expérience de la Syrie, de 2011 à aujourd’hui, est un exemple sinistre de la possibilité de destruction et de dispersion permanentes.

    Ce qui est nouveau dans la situation actuelle, c’est l’ouverture non pas d’une simple crise locale ou régionale, mais de la nouvelle lutte pour la suprématie impériale mondiale. Les impacts potentiels immédiats vont du danger de rejets radioactifs massifs des centrales nucléaires ukrainiennes aux pénuries alimentaires mondiales qui s’annoncent en raison de la perte du blé ukrainien [et russe] et de la production d’engrais russe et ukrainienne, en passant par une éventuelle confrontation directe Otan-Russie entre États dotés d’armes nucléaires.

    Une reconfiguration du pouvoir mondial

    Tout en soulignant que la guerre d’autodéfense de l’Ukraine est absolument nécessaire, inévitable et démocratique, nous devons également reconnaître la dimension du conflit inter-impérialiste. Ces armes efficaces et sophistiquées qui arrivent en Ukraine en provenance des États-Unis, d’Europe occidentale, d’Israël et de Turquie permettront de mesurer leur efficacité sur le champ de bataille. L’Ukraine elle-même deviendra plus dépendante de l’Occident, non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan économique, alors qu’elle s’efforce de se reconstruire.

    L’impact total des sanctions économiques et financières sur la Russie ne peut pas encore être mesuré, mais il ne sera pas de courte durée. Après les très mauvaises performances des convois de chars de la Russie et le faible moral de ses soldats, qui indiquent un besoin de modernisation militaire, nous devons supposer que les sanctions des États-Unis et de l’Otan s’étendront à une guerre économique pour empêcher la Russie de l’accomplir – ou de retrouver son influence en tant qu’exportateur d’énergie.

    Quoi qu’il advienne de la production et des marchés mondiaux du pétrole et du gaz naturel, la Russie sera probablement réduite à un pays plus pauvre et beaucoup plus dépendant de la Chine. Nous ne sommes qu’au début d’une reconfiguration du pouvoir mondial, dans laquelle la réaction de la Chine et d’autres variables ne sont pas encore connues.

    David Finkel

    • 1.Lire l’intégrale (en français) sur alencontre.org.
  • Le peuple corse plus mobilisé que jamais pour ses droits...

    En moins d'un mois, c'est la troisième mobilisation populaire de grande ampleur qui se déroulait en Corse ce Dimanche à Ajaccio. Des milliers de personnes avaient répondu présents sur trois mots d'ordre : Justice et vérité pour Yvan Cotonna, Libération des prisonniers politiques, Reconnaissance du Peuple Corse.
    La jeunesse a une fois de plus exprimé sa radicalité face aux manœuvres préélectorales des Darmanin et Macron qui soufflent le chaud et le froid sur la question de l'Autonomie de la Corse, tout en continuant  à nier l’existence même du peuple corse. Pèse également sur les consciences le sentiment que les conditions dans lesquelles Yvan Colonna a été assassiné sont loin d'être claires.

    De très violents affrontements se sont donc déroulés aux abords de la Préfecture de Région d'Ajaccio, pendant plusieurs heures. Au même moment à 17h30 des jeunes assiégeaient à nouveau la Caserne de CRS de Furiani où des heurts se sont également produits. Il faut savoir que depuis un mois, rare sont les soirées où les jeunes insulaires n'affrontent pas les CRS et Gendarmes mobiles aux abords des préfectures. Ces rassemblements spontanées vont de 100 à parfois plusieurs centaines de personnes. Ce mouvement de fond ne doit pas être sous-dimensionné dans tout le mal-être et le ras-le-bol qu'il exprime. Cette génération s'est soulevée et n'a plus rien à perdre face au rouleau compresseur colonialiste et capitaliste en Corse.

    La seule perspective qui pourrait ramener l'apaisement en Corse est un débouché politique sur des bases claires, à court terme une Autonomie législative pour le peuple corse. Viendra ensuite la question du contenu en terme de projet de société, question centrale à laquelle le mouvement social rejoindra la jeunesse sur des revendications populaires immédiates (Emploi, Logement, Formation, Salaires, etc...).

    L'annulation ce jour par Macron des discussions sur l'Autonomie prévue à Paris Vendredi prochain, ainsi que les interpellations de jeunes corse en cours n'augurent rien de bon. La solidarité ne faiblira pas.

    A Manca

  • En cette heure de grand danger, en solidarité avec la résistance ukrainienne, reconstruisons le mouvement international contre la guerre...

    Nous présentons ci-dessous notre compréhension des tâches auxquelles sont confrontées les forces de gauche et, en particulier, la gauche occidentale. Nous espérons contribuer au débat et à la construction du mouvement pour la paix, à la solidarité avec la gauche et les mouvements sociaux ukrainiens, au soutien aux réfugiés et à l’antiracisme, ainsi qu’au renforcement des alternatives à l’impérialisme à l’ouest et à l’est du sous-continent européen.

    Lire la suite

  • Françafrique : Macron continue comme avant !

    Emmanuel Macron joue habilement de son fameux « en même temps » au sujet de l’Afrique. Des déclarations « disruptives » sur la colonisation, le génocide au Rwanda ou la restitution de quelques biens culturels pillés pendant la colonisation qui font le « buzz » mais qui ne débouchent sur aucun fait concret. Par contre elles masquent la continuité de la politique impérialiste de la France sur le Continent.

    Lire la suite

  • Hommages internationaux et internationalistes à Alain Krivine...

    Plusieurs dizaines de messages sont parvenus du monde entier, en hommage à Alain Krivine. Ils viennent notamment des sections de la IV Internationale, mais aussi d’organisations qui ont partagé leurs combats avec Alain pendant plusieurs décennies. Nous publions sur cette page les messages d’organisations.

    Lire la suite

  • Pour l’accueil de touTEs les réfugiéEs !

    En Ukraine, comme dans toute guerre, les populations civiles sont les premières victimes. Cette guerre déclenchée par l’État et l’armée russes contre l’Ukraine ne fait pas exception. Ils et elles étaient en début de semaine près d’un million et demi à avoir quitté le pays, des femmes, des enfants, des personnes âgées. Leur nombre augmente chaque jour.

    Lire la suite

  • « Nous sommes plus que jamais à l’ère de la "mondialisation armée" » !

    Entretien avec Claude Serfati, économiste et spécialiste des questions d’armement.

    En 2020, malgré la récession liée à la pandémie, les dépenses militaires mondiales ont crû de 2,6 % par rapport à 2019. Peux-tu faire le point sur cette question ?

    Selon les données du SIPRI1, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 000 milliards de dollars en 2020, ce qui représente une augmentation de près de 80 % (en dollars constants) depuis 1995. Toutes les régions de la planète sont concernées par ces augmentations. En 2020, les États-Unis comptaient pour près de 40 % et les pays de l’Otan pour environ 60 % des dépenses militaires mondiales.

    La tragédie vécue par le peuple ukrainien éveille évidemment des réflexes de solidarité et d’indignation au sein des populations européennes. Cela rend encore plus nauséabond le comportement des dirigeants d’États-membres de l’UE. Les gouvernements « illibéraux » de la Pologne et de la Hongrie, mais aussi de la France ont été en pointe dans la politique de forteresse contre les réfugiéEs victimes des guerres en Afrique et au Moyen-Orient.

    L’agression de l’impérialisme russe ne doit pas masquer que plus de 50 conflits armés ont lieu dans le monde, dont près de la moitié déchirent le continent africain. Ces « nouvelles guerres » sont des composantes permanentes de la « mondialisation » et les pays développés y participent par différents canaux : présence des grands groupes industriels qui exploitent les ressources naturelles, grandes banques qui recyclent les fortunes des élites nationales dans leurs paradis fiscaux, vente d’armes qui attisent les conflits, etc. Nous sommes plus que jamais à l’ère de la « mondialisation armée ».

    L’agression de la Russie contre l’Ukraine va renforcer la tendance à la militarisation et à la hausse des dépenses « de défense » des pays de l’Otan.

    Les budgets militaires de la plupart des pays de l’Otan étaient déjà à la hausse au cours de la décennie 2010. Le budget militaire des États-Unis après une légère baisse, a connu une forte progression : 616 milliards de dollars en 2019, 715 en 2022 et les prévisions avant l’invasion russe étaient de 780 en 2026. Les budgets des pays européens totalisent 378 milliards de dollars. Au cours de la décennie, ils ont progressé de 8,5 % en Europe de l’Ouest, de 31 % dans les pays d’Europe centrale, et de 74 % en Europe orientale (source : SIPRI).

    L’Otan a été maintenue malgré la dissolution du pacte de Varsovie. En novembre 2021, Macron avait déclaré qu’elle était en état de « mort cérébrale ». Aujourd’hui, tous les États ouest-européens semblent vouloir se réfugier dans son giron. De nouvelles troupes américaines arrivent en Europe. Que peut-on en penser alors que Poutine répète que l’extension de l’Otan à l’Est a mis en péril la Russie ?

    L’Otan a été construite en 1949 comme une organisation armée contre les menaces créées en Europe par l’Union soviétique. Elle a soutenu la guerre menée par la France en Indochine, le coup d’État en Grèce (1967), le fascisme au Portugal, etc. La disparition de l’URSS en 1991 n’a pas provoqué son extinction, mais sa transformation sur deux points majeurs dès 1991 puis au Sommet de Washington de 1999 avec l’adoption d’un nouveau « concept stratégique ». D’une part, l’Otan a élargi son spectre d’interventions à l’ensemble de la planète. Cela commença en Irak en 1999, en ex-Yougoslavie avec le bombardement de la Serbie (1999), en Afghanistan (2001), en Libye (2011) et en bien d’autres endroits. D’autre part, puisque l’Union soviétique avait disparu, l’Otan a inventé un nouvel agenda fondé sur la « sécurité », mot vague mais dont le ciment idéologique était le tripode suivant : économie de marché capitaliste = démocratie = paix. Les ennemis potentiels sont donc autant militaires que civils, les menaces viennent des États et des agents non-étatiques, et la sécurité des membres de l’Alliance atlantique peut être affectée par de nombreux risques dont « l’interruption de l’accès aux ressources économiques essentielles ». La doctrine des États-Unis (1997) explicitait cette formule en déclarant que les États-Unis se réservent le droit d’intervenir militairement de façon unilatérale afin de « garantir un accès sans entrave aux marchés essentiels, aux approvisionnements énergétiques et aux ressources stratégiques ». L’Otan demeure le bras armé de ce que j’ai appelé un « bloc transatlantique » dominé par les États-Unis et qui associe les pays européens dans une intégration économique, une alliance militaire et des « valeurs » communes (celles du tripode cité plus haut).

    L’extension de l’Otan vers l’est de l’Europe reflétait les rapports de forces après la disparition de l’URSS. Aujourd’hui, Poutine réclame une autre distribution des cartes entre pays impérialistes. Les rivalités entre grandes puissances qui combinent l’usage de la puissance économique et des capacités militaires par les grandes puissances impérialistes persistent. L’ère de l’impérialisme n’est pas révolue.

    E. Macron confirme sa capacité à dire une chose et « en même temps » son contraire dans sa hâte de devenir celui qui va sauver la planète. Il a pensé pouvoir être l’alternative occidentale à Donald Trump. Or, celui-ci ne voulait pas détruire l’Otan, il insistait pour que les Européens assument une plus grande part du « fardeau » de la défense du « monde libre ». Cette position a été celle de tous les présidents américains. Trump félicita Emmanuel Macron pour l’effort militaire de la France et vilipenda A. Merkel pour son appétit militariste insuffisant. Le budget consacré à la présence militaire des troupes américaines en Europe (l’European Defense Initiative) a d’ailleurs considérablement augmenté pendant le mandat de Trump, passant de 800 millions à 6 milliards de dollars entre 2016 et 2020.

    L’Allemagne annonce vouloir augmenter ses dépenses militaires à plus de 2 % du PIB alors que jusque-là elle trainait des pieds, s’attirant les reproches des États-Unis. L’Union européenne s’implique dans l’aide militaire à l’Ukraine. Est-ce l’annonce d’une nouvelle phase de l’histoire de l’Union européenne ?

    C’est évident. La guerre en Ukraine va accélérer la militarisation de l’UE (et bien sûr du Royaume-Uni), car l’UE ne part pas de rien. L’adoption d’une stratégie européenne de sécurité en 2003, assez proche sur le papier de celle adoptée un an plus tôt par l’Administration de G. W. Bush a été une étape importante dans l’élaboration d’une politique européenne de sécurité et de défense. La Commission a créé un fonds européen de défense (FED) qui financera la recherche et développement militaire des groupes de l’armement pour deux milliards d’euros en 2022.

    La France a toujours été la plus favorable à la militarisation de l’UE, et cela est devenu encore plus net depuis les années 2010 et le Brexit. En effet, le militaire – tant sous la forme d’interventions des armées que dans ses dimensions industrielles – apparait de plus en plus comme un des derniers « avantages comparatifs » et la France et ses dirigeants l’utilisent pour compenser la perte continue de son poids économique. Les échanges commerciaux de la France sont déficitaires avec la plupart des États-membres. L’industrie française peut être qualifiée d’« homme malade de l’Europe ».

    Depuis son élection, E. Macron a défendu avec encore plus d’entrain la militarisation de l’UE. À la fois par conviction et pour pouvoir continuer à peser dans les orientations de l’UE, compte tenu de l’affaiblissement du poids de la France dans les processus de décision dans les questions économiques.

    L’invasion russe conforte la position de ceux qui promeuvent la militarisation de l’UE. Le discours du chancelier Scholz au Bundestag marque une évolution notable de la politique de défense de l’Allemagne, au moins au niveau déclaratif. Il faudra en effet voir le rythme et l’ampleur de la mise en œuvre des 113 milliards d’euros d’augmentation du budget de défense qu’il a annoncée.

    L’Otan est le cadre « naturel » de la militarisation de l’UE et impliquera sans doute une coopération accrue avec le Royaume-Uni. Il y longtemps que tous les dirigeants français – droite et gauche confondus – ont accepté cette réalité. H. Védrine, qui fut ministre des affaires étrangères de F. Mitterrand avait ainsi résumé la position française : « la défense européenne n’est pas seulement bonne pour l’Europe, mais aussi pour l’Alliance atlantique [l’Otan] ». Les circonvolutions d’E. Macron sur la « souveraineté européenne » n’ont pas d’autre signification, avec l’espoir que les grands groupes français de l’armement pourront en tirer avantage.

    • 1.SIPRI : Institut international de recherche sur la paix de Stockholm