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Actualités internationales... - Page 12

  • À Gaza, mourir n’est qu’une question de temps...

    Cette semaine, notre camarade de Millau nous demande une fois de plus de ne pas oublier Gaza.

    À l’âge où d’autres apprennent à lire, à nager, à jouer du piano, Mohammed Said, 6 ans, apprend à marcher sans jambes. Il se déplace sur le sable entre les tentes, sur les moignons de ses membres, amputés 2 cm sous l’aine, avec l’aide de son bras gauche et du moignon de son bras droit, chaussé d’un roller. Ce qu’on retient de lui, que je garde au fond de mon cœur, c’est la lumière de ses yeux et l’éclat de son sourire. Longue vie, petit Mohammed1.

    Les deux missiles israéliens qui lui ont arraché une jambe et massacré sa mère, son père, son frère Mohammed et sa sœur Dalia n’ont pas éteint le vibrant désir de vivre de Dunia Abu Mohsen, 12 ans, animée par trois rêves : une prothèse orthopédique, la fin du génocide et devenir docteur. Une bombe larguée sur l’hôpital où elle se trouvait a assassiné Dunia, ses rêves et le souvenir de ses parents2.

    Quatre résolutions de l’ONU sans effet

    La parole de Karin Huster, de Médecins sans frontières, de retour de Gaza : « Je n’ai pas assez de mots pour décrire la cruauté de ce qui se passe à Gaza. Le pire, c’est de penser que cette apocalypse est d’origine humaine et qu’elle est voulue. Rien dans cette destruction n’est laissé au hasard. Les PalestinienNEs vivent en sursis. Ce n’est qu’une question de temps avant de mourir à Gaza. Il ne s’agit pas d’une famille touchée, mais d’une famille après l’autre, après l’autre, après l’autre. J’ai dû pousser des corps sur le côté pour pouvoir amener des patients à soigner. C’est quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant3. »

    Alors que quatre résolutions de l’ONU4 devraient suffire à imposer un cessez-le-feu à Gaza, alors qu’un embargo sur les armes et des sanctions contre Israël sont des obligations légales5, les PalestinienNEs se voient contraintEs, encore une fois, de céder aux exigences inqualifiables auxquelles l’occupant conditionne un cessez-le-feu. Or le génocide, l’occupation, la colonisation doivent cesser parce que ce sont des crimes ; il n’y a rien à négocier. Si un pays doit rendre des comptes, c’est Israël, et ses soutiens. Si un pays doit se voir imposer des conditions, c’est Israël. Israël réussit le tour de force de faire croire que c’est l’occupant, et non l’occupé, qui est en droit de se défendre, distordant la réalité jusqu’à faire porter à l’opprimé la responsabilité de l’oppression qu’il subit.

    « La résistance contre une occupation militaire coloniale, contre un régime d’apartheid, est légitime », martèle Husam Zomlot, délégué de l’OLP au Royaume-Uni. « Demandez aux résistants français – à moins que vous ne pensiez que l’Allemagne nazie avait le droit de se défendre6. »

    Résistance légitime

    Oui, la résistance palestinienne est légitime, elle est même légale : la résolution de l’ONU du 12 décembre 1990 réaffirme sa légitimité « par tous les moyens à disposition ». Et puisque la résistance est légale, tout soutien l’est aussi – a contrario du soutien à l’occupant dans ses agissements génocidaires et coloniaux, qui est explicitement illégal ; a contrario aussi des pratiques fréquentes en Occident de criminalisation du soutien aux PalestinienNEs.

    Il suffit que l’occupant dise : « Nous menons des frappes ciblées », que l’occupant dise : « La nourriture et l’aide entrent à flot », pour que les médias et les puissants regardent ailleurs. C’est ainsi que des « frappes ciblées » ont annihilé plus de 1 400 familles à Gaza7. C’est ainsi que, samedi dernier, au moment où nous étions rassemblés ici, une « frappe ciblée » sur l’école Al-Majida Wassila, à Gaza-Ville, dans le Nord, a assassiné Hanan al-Ghura, âgée de trois jours, et sa mère. C’est ainsi qu’au même moment, une « frappe ciblée » à al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, a assassiné Mohammed al-Qrinawi, journaliste, ainsi que sa femme et leurs enfants. C’est ainsi qu’à Gaza, depuis décembre de l’année dernière, on utilise un sigle pour désigner un enfant blessé, sans aucune famille8. C’était le cas de Mohammed, 5 ans, le crâne traversé par la « balle ciblée » d’un tir de sniper, mort en salle d’urgence, les soins intensifs étant complets. Ce sont les soignants qui ont porté son corps à la morgue. « Il avait de tout petits pieds, de toutes petites mains, et sa dernière expression était celle d’une intense souffrance », se souvient Dr. Tanya Haj Hassan9.

    Que peut l’OMS face à la famine délibérée ?

    Michael Fakhri, rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, soulignait au mois de juillet que « 80% des personnes au monde souffrant de famine ou d’un niveau de faim catastrophique sont à Gaza. »10

    La famine à Gaza n’est pas une crise. Une crise n’est pas planifiée, délibérément provoquée. Lorsqu’une crise éclate, le monde met tout en œuvre pour la stopper. La famine organisée par l’occupant n’a qu’un nom : le génocide par le blocus et par la destruction systématique de la souveraineté alimentaire. De même, l’« effondrement » du système de soins n’a qu’un nom : le génocide par le blocus et par le ciblage méthodique des hôpitaux et des médecins.

    Dans quel monde vivons-nous, où la fin d’un génocide est objet de négociations ? C’est comme si le fait d’être signataires de la Convention sur le génocide, de la Charte des Nations unies, de la 4e Convention de Genève, qui, toutes, visent à protéger les civilEs, conférait l’immunité aux États signataires en cas de violation. Comme si le fait d’avoir créé l’OMS (Organisation mondiale de la santé) en 1946, dans le but de graver dans le marbre le droit à la santé et à l’accès aux soins, exonérait les États du devoir de les respecter.

    Je voudrais terminer par une pensée pour la petite Iman, effondrée devant les corps de son papa Nidal et de son frère Mounir, assassinés par l’occupant à l’école Al-Majida al-Wassila, à Gaza-Ville.

    Une pensée pour Nour, qui fête sur leur tombe l’anniversaire de ses deux enfants, Rasha, qui aurait dû avoir 11 ans, et Ahmed, qui aurait dû fêter ses 12 ans, qui ont tous deux survécu à un premier bombardement de leur maison, au mois de juin, et qui ont été assassinés par deux missiles largués sur leur maison par l’occupant le 1er octobre. Ces deux enfants auraient dû avoir la vie devant eux, continuer à se partager leurs livres et leurs perles à enfiler.

    Marie Schwab

    • 1. https://www.instagram.co…
    • 2. https://www.instagram.co…
    • 3. MSF | Gaza : « Je n’ai pas assez de mots pour décrire la cruauté de ce qui se passe » (vidéo), 16 décembre 2024.
    • 4. Résolutions des 12 décembre 2023, 25 mars 2024, 10 juin 2024 et 11 décembre2024.
    • 5. Non seulement au regard du génocide mais aussi de 76 ans d’assujettissement et d’oppression, cf. résolution de l’ONU du 18 septembre 2024.
    • 6. Ambassador Zomlot on BBC « Political Thinking: what next after the Genocide in Gaza » (vidéo), Palestine in UK, 3 décembre 2024.
    • 7. Over 1.400 families wiped out by Israel in Gaza: Health Ministry, Anadolu Ajansi, 26 novembre 2024.
    • 8. WCNSF, Wounded Child No Surviving Family
    • 9. A Doctor’s Testimony: The reality of Gaza’s Suffering by Dr. Tanya Haj Hassan (vidéo), UN Palestinian Rights Committee, 27 novembre 2024.
    • 10. UN General Assembly, Report of the Special Rapporteur on the right to food, Michael Fakhri, Starvation and the right to food, with an emphasis on the Palestinian people’s food sovereignty, 17 juillet 2024.
  • Procès de Georges Ibrahim Abdallah : la victoire est-elle proche ?

    Le 15 novembre dernier, le tribunal d’application des peines a émis un avis favorable à la libération de Georges Ibrahim Abdallah, plus vieux prisonnier politique d’Europe, incarcéré à Lannemezan en France.

    Cette fois, contrairement à 2013, le juge n’a pas requis d’expulsion à son encontre (ce qui aurait pu donner la main au ministère de l’Intérieur) mais simplement une libération à la condition d’un retour vers le Liban, prêt à l’accueillir.

    Cette décision est le résultat de la mobilisation qui s’amplifie depuis deux ans, grâce à la détermination du collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, et les comités Samidoun locaux : le juge d’application des peines l’a même mentionné dans son réquisitoire en signalant le trouble à l’ordre public que constitue la présence de Georges Ibrahim Abdallah dans une prison française.

    Réquisitoire du parquet

    Néanmoins, l’État français, à travers la voix du parquet a fait appel de cette décision fin novembre. Et lors de l’audience non publique du jeudi 19 décembre 2024, le parquet, s’associant à la partie civile des États-Unis (un des plaignant de l’affaire) a fait un véritable réquisitoire contre le jugement, témoigne l’avocat du prisonnier, maître Chalanset.

    S’il y a un rejet du jugement, le pourvoi en cassation reste possible, ce qui entraînerait des frais conséquents pour le comité de soutien.

    Décision le 20 février

    La mobilisation pour la libération de George Ibrahim Abdallah doit donc continuer et même s’intensifier, jusqu’à la décision de la cour d’appel le 20 février.

    Samedi 21 décembre malgré une pluie battante, toujours aussi déterminéEs, nous étions plus de 1000 soutiens manifester à Paris.

    Cette campagne est de plus en plus large, de nombreuses personnalités internationales ont signé une tribune1. Rima Hassan a fait une déclaration au Parlement européen2, et la mobilisation dépasse désormais les cercles militants en soutien au peuple palestinien.

    E.M.

  • Mayotte, victime du colonialisme français !

    Le cyclone le plus violent et le plus destructeur que l’île de Mayotte ait connu depuis 90 ans a frappé le 14 décembre. Des centaines de morts gisent sous les décombres des habitations de fortune dans lesquelles vivent près de 40 % de la population, essentiellement de nationalité comorienne — toujours considérés comme des « étrangers » par l’État français bien qu’un tiers d’entre elleux soient néEs sur place.

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  • Quels moyens pour répondre à la souffrance des jeunes ?

    La première réponse serait évidemment de s’attaquer aux causes de cette souffrance, c’est-à-dire l’absence d’avenir offert par cette société à sa jeunesse et sa violence, ce qui supposerait d’en finir avec la précarité, le chômage, les discriminations, de promouvoir, la solidarité et les droits pour toutes et tous, à l’opposé des politiques libérales promues par le pouvoir.

    Il s’agirait ensuite d’apporter une réponse cohérente et satisfaisante en termes de soins. Aujourd’hui, la réponse à la souffrance psychique est extrêmement éclatée et peut être un véritable labyrinthe pour les enfants, les jeunes et leurs parents. 

    Une kyrielle de dispositifs qui s’empilent les uns sur les autres, sans parler des listes d’attente de 3 à 12 mois pour rencontrer unE professionnelE de soins.

    Elle recoupe de nombreux champs sociaux et professionnels. Les prises en charge psychiques s’articulent avec plus ou moins de cohésion entre la pédopsychiatrie publique, la psychiatrie libérale, le médico-­social, le social, l’associatif, l’Éducation nationale, comme les CAMPS (centres d’action médico-­sociale précoce), les CMPP (centres médico-­psycho-pédagogiques) ou encore les IME (instituts médico-éducatifs), faute de temps pour penser les prises en charge.

    Hospitalisation de secteur

    Dans le secteur public, l’ensemble du territoire a été découpé en secteurs géographiques de 80 000 habitantEs et 200 000 habitantEs pour les inter-secteurs de psychiatrie infanto-juvénile. Chaque secteur devait être doté de services d’hospitalisation complète, mais aussi de structures extra-­hospitalières : CMP (centre médico-­psychologique), hôpital de jour et CATTP (centre d’accueil thérapeutique à temps partiel). L’organisation prévoit qu’une même équipe pluridisciplinaire assure l’ensemble des soins de prévention, de cure et de post-cure. Le plus souvent ce sont des coquilles vides par manque de professionnelLEs, au mieux avec 10 % de temps médicaux.

    Coupes budgétaires

    Les coupes budgétaires des services sociaux, médico-­sociaux et de l’Éducation nationale n’améliorent pas le suivi de ses jeunes. Alors qu’il y a une réelle augmentation du nombre de jeunes sollicitant ces différents dispositifs, leurs budgets sont en diminution.

    Tout comme pour l’ensemble des hôpitaux, ces manques de budget n’ont pas épargné la psychiatrie et encore moins la psychiatrie infanto-juvénile.

    C’est pire depuis 2020, avec le nouveau financement de la psychiatrie qui repose sur une part majoritaire d’environ 75 % correspondant à une « dotation populationnelle ». Les critères de répartition prennent en compte le nombre d’habitantEs, mais aussi le niveau de précarité de la population ainsi que le nombre de mineurEs. Ensuite, viennent pour 15 % les dotations liées à l’activité, par des appels à projet : la fameuse tarification à l’activité (T2A) qui a dévasté les hôpitaux généraux 

    Contrôle des orientations thérapeutiques

    Les ARS (agences régionales de santé) multiplient ces dernières années ces appels à projet que l’on nomme les Fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie (FIOP).

    Ce fonctionnement est un puissant moyen d’imposer des visions et des orientations définies en amont par les pouvoirs publics. Le financement n’étant pas pérenne, il peut être stoppé si vous ne respectez pas les orientations dictées par les autorités. Les professionnelLEs concernéEs en viennent à intérioriser les injonctions et à s’autocensurer au moment de penser des dispositifs de soins. Car, à quoi bon s’investir dans des projets qui seront à coup sûr refusés par les instances décisionnaires ? Ou bien les personnelEs s’y investissent mais apprennent à faire plus sans réels moyens, avec des équipes en dessous des besoins.

    Faute de moyens, en raison de la pénurie de professionnelEs, des vacances de poste de pédopsychiatres (14 départements n’en ont plus) et de paramédicaux, les listes d’attente ne cessent d’augmenter. Il faut attendre entre 3 à 14 mois pour rencontrer unE professionnelLE de soins.

    Pour les jeunes les plus en difficulté, les places en IME (instituts médico-éducatifs) sont denrée rare. Quant à l’inclusion scolaire, c’est un miroir aux alouettes, sans véritables moyens, avec des AESH (accompagnantEs des élèves en situation de handicap), le plus souvent des femmes, payéEs au lance-pierres, avec une seule formation d’un an, sans véritable statut et qui jonglent sur plusieurs accompagnements.

    De ce point de vue, il n’y a rien à attendre de plus du gouvernement Bayrou en constitution que de son prédécesseur. Les effets d’annonce sur la « grande cause nationale » ne resteront que des phrases creuses si les mobilisations sociales ne s’en mêlent pas.

    En 2018, la psychiatrie avait connu un « printemps de luttes » radicales avec notamment la grève à Sotteville-lès-Rouen, accompagnée d’une grève de la faim, celle du Havre avec les « perchés » ou celle d’Amiens. Faute d’une généralisation et d’un rapport de forces suffisantes, ces luttes n’ont pu empêcher la poursuite du démantèlement de la psychiatrie camouflée par des mesures de façade comme quelques consultations gratuites de psychologues, sans possibilité de suivi, du dispositif « mon psy ».

    Là comme ailleurs, il n’y a d’autre voie que de lever les obstacles à la reprise de la mobilisation pour reprendre confiance et espoir.

    Commission santé sécu social du NPA
     
  • À Mayotte, même dans la mort, ils restent des clandestins...

    Combien de morts à Mayotte après le passage du cyclone Chido ? Pour l’instant plusieurs dizaines sont certaines, mais de manière assez ahurissante, le préfet de Mayotte parle de plusieurs centaines, plusieurs milliers peut-être.

    Le nombre précis a-t-il une quelconque importance pour les autorités françaises, totalement indifférentes aux milliers de noyades survenues dans le bras de mer entre Anjouan et Mayotte depuis vingt ans ?

    Un bilan très lourd

    Il est d’ailleurs précisé que si le bilan est aussi lourd c’est parce que les gens n’ont pas voulu se rendre dans les abris avant l’arrivée du cyclone de peur d’être victimes d’arrestation et d’expulsion. C’est de leur faute en quelque sorte ! On oublie par là que la chasse aux clandestins accélérée par les opérations Wuambushu de Darmanin en 2023 et 2024 s’est déroulée autour des rares points d’eau collectifs, devant les hôpitaux et les centres de santé avec l’aide des milices locales, autour ou dans les écoles dans lesquelles des groupes de « citoyennes » venaient extraire les enfants dits non-MahoraisEs.

    Les raisons de se méfier étaient en effet sérieuses, la crainte des forces de l’ordre et des milices s’est révélée plus forte que celle du cyclone.

    Une solidarité nationale à géométrie variable

    Alors que l’île a pris des allures apocalyptiques, que les familles cherchent partout leurs disparus sous les décombres, sur l’antenne de France Inter le 17 décembre, la députée de Mayotte, Estelle Youssouffa, bien connue pour ses propos incendiaires anti-ComorienNEs, appelle à un renforcement des effectifs de police et de gendarmerie au prétexte que « des pillages et des exactions se seraient produits ». Dans le même temps des soignants indiquent qu’il n’y plus de soluté de perfusion, aucun vaccin et que plus de 500 personnes sont en attente pour les services de traumatologie à l’hôpital, que le nombre des disparus est « invraisemblable ».

    Et on entend sur les ondes de la radio publique « qu’il faut aider nos compatriotes ». Les clandestins sont sous les radars de la solidarité nationale.

    La situation actuelle est dramatique parce que l’État français a considéré depuis longtemps que le sort des populations locales importait peu. La majorité des habitantEs de Mayotte ont été placés dans une situation de précarité et de vulnérabilité extrême, ce qui a considérablement amplifié l’impact du cyclone. Les problèmes de logement, d’accès à l’eau, d’accès aux soins, aux services publics tout cela est parfaitement connu depuis longtemps. Mais pour des raisons dégueulasses, le choix a été fait d’enfoncer encore davantage la population dans la misère et le désespoir. Dans ce domaine également la responsabilité des gouvernements Macron est immense.

    Dans l’immédiat tout doit être fait pour réparer les dégâts du cyclone mais aussi de la politique coloniale française. En particulier aucune condition de nationalité ne doit s’opposer à la nécessaire solidarité en direction de TOUTES les habitantEs de Mayotte. Cela quoiqu’en dise des gens comme Youssouffa et ses miliciens.

    Philippe Azema

  • Gaza : chaque heure qui passe est une heure de génocide de trop...

    Nous publions le texte de notre camarade lu lors de la manifestation en soutien au peuple palestinien. Sans relâche.

    Les symboles protègent-ils des bombes ? De la famine ? Quand on est face à l’horreur absolue, un geste symbolique n’est que cynisme et médiocrité. Les PalestinienNEs attendent le cessez-le-feu. Pas trois mots couchés sur le papier par 158 pays votant une résolution qui restera lettre morte. Une manière simple, pour ces États, de faire bonne figure à peu de frais et de se donner bonne conscience. Quelle hypocrisie ! Les mots ne suffisent pas à se ranger du côté du droit. Nous attendons de ces 158 pays des actes, maintenant, un embargo sur les armes et des pressions concrètes, drastiques, sur Israël. Maintenant. Chaque heure qui passe à Gaza est une heure de génocide de trop ; une heure de massacres, de souffrance, de dévastation, de faim. L’humanité perd deux enfants toutes les heures à Gaza. Les enfants comme leurs parents survivent avec 240 calories par jour1.

    Où le droit international ?

    Les PalestinienNEs n’ont que faire d’une faveur de papier. Ils ne demandent pas la charité, mais le respect du droit. Le cessez-le-feu est un impératif catégorique, mais aussi juridique. « Aucun endroit au monde n’a connu des violations du droit international et du droit humanitaire international aussi outrancières qu’à Gaza. Ce qui se passe à Gaza montre qu’il n’y a pas de droit international. Le droit international obéit aux puissants », dénonce Mustafa Barghouti2.

    Israël n’a pas le droit de réduire à néant toute une société. Israël n’a pas le droit de transformer Gaza en cimetière – cimetière pour enfants, cimetière du droit. Quelles que soient les excuses qu’on lui trouve. Riyad Mansour : « Rien ne peut ni ne pourra jamais justifier un génocide. Il n’existe aucun droit – ni celui à la légitime défense, ni aucun autre – qui autorise le massacre et la destruction d’un peuple3. »

    Pour imposer le droit, il existe un moyen simple : la fin de l’impunité, des sanctions envers l’État génocidaire. Mais voilà, les dirigeants occidentaux ont besoin d’être appuyés par les groupes d’influence pro-israéliens, ils ont envie d’être plébiscités par les lobbys sionistes. Ils veulent continuer à collaborer avec Israël au sein d’un même complexe militaro-industriel ; ils veulent œuvrer à toujours plus de convergence idéologique et d’intérêts avec Israël. Israël a réussi à faire accepter les attaques sur les civilEs, y compris les médecins et les humanitaires, la famine organisée, la destruction massive et délibérée de toutes les infrastructures civiles, le déplacement forcé de masse, la torture systématique et la colonisation comme des agissements légitimes tant qu’ils sont commis par Israël.

    « Les Palestiniens n’attendent plus rien des Occidentaux. Ils attendent la mort », exprime le poète palestinien Mosab Abu Toha4.

    Un administrateur du Programme de développement des Nations unies, témoignant d’une longue expérience de situations de désastre, déclare n’avoir « jamais vu un tel niveau de dévastation qu’à Gaza dans toute [sa] carrière5. »

    Génocide

    Mais quand les médias daignent évoquer Gaza, c’est pour justifier tel massacre de civilEs par telle « cible militaire ». Les médias répètent ad nauseam la fable des « boucliers humains ». Or la présence de combattants dans des zones peuplées de civilEs ne fait pas de ceux-ci des boucliers humains. À ce propos, qui a son QG militaire en plein centre de Tel Aviv ? En outre, la présence de combattants dans des zones civiles n’annule pas le statut protégé de ces zones, en d’autres termes elle n’en fait pas une cible militaire légitime. Heureusement pour Israël, dont les hôpitaux civils, tout comme les quartiers et les écoles regorgent de soldats armés. D’autre part, si les rapports successifs émanant de différentes ONG au fil des années6, ainsi que les témoignages recueillis depuis quatorze mois7, ont tous démenti l’usage de boucliers humains par la résistance palestinienne, tous ont aussi conclu au recours systématique à cette pratique illégale par l’occupant depuis 1967 au moins. De toute façon, quoi qu’il en soit, les principes élémentaires de précaution, de distinction et de proportionnalité doivent toujours prévaloir, au regard de la 4e Convention de Genève. « Le problème n’est pas ce que nous faisons ; le problème est que nous existions », résume un autre poète palestinien, Mohammed al Kurd8.

    Imaginons un court instant, avec Susan Abulhawa, une inversion des rôles : « Si depuis 80 ans, les PalestinienNEs volaient les maisons des Israéliens ; s’ils les emprisonnaient, les empoisonnaient, les torturaient, les tuaient, les violaient ; si les PalestinienNEs avaient assassiné 300 000 IsraélienNEs en un an, ciblant leurs journalistes, leurs intellectuelLEs, leurs soignants, leurs artistes ; si les PalestinienNEs avaient bombardé chaque hôpital, chaque université, chaque bibliothèque, musée, centre culturel ; si les PalestinienNEs bombardaient les IsraélienNEs dans des zones désignées comme sûres, les brûlaient vifs, leur coupaient la nourriture, l’eau, les biens médicaux ; si les enfants israéliens étaient contraints de recueillir dans des sacs en plastique les restes de chair de leurs parents, d’enterrer leurs frères et sœurs, leurs cousins, leurs amis ; si nous les terrorisions tant que leurs enfants en perdent les cheveux, la mémoire, la raison et que des enfants de 4 ou 5 ans meurent de crise cardiaque ; si nous condamnions les bébés à mourir dans leurs couveuses, privés d’oxygène et de chaleur, les laissant seuls jusqu’à leur décomposition ; si nous ouvrions le feu sur la foule israélienne affamée ; si un sniper palestinien se vantait d’avoir ciblé quarante-deux rotules en un jour [comme l’a fait un sniper israélien en 2018] ; si un Palestinien se vantait sur CNN d’avoir écrasé des centaines d’IsraélienNEs avec son tank ; si nous violions systématiquement les médecins, les patientEs et les autres prisonnierEs avec des tiges de métal brûlant et des baguettes électrifiées, parfois à mort comme le Dr. Adnan al-Bursh et d’autres ; si nous décorions nos tanks avec les jouets des enfants israéliens que nous aurions massacrés ; si le monde assistait en live au génocide des IsraélienNEs, il n’y aurait pas de débat pour savoir s’il s’agit de terrorisme ou de génocide9. »

    Je voudrais terminer par une pensée pour Said Jouda, le dernier chirurgien orthopédiste de Gaza, assassiné jeudi lors d’un trajet entre l’hôpital Kamal Adwan et l’hôpital al-Awda. Il s’agit du 1057e soignant assassiné par l’occupant à Gaza. Il avait perdu son neveu la veille et son fils la semaine précédente.

    Une pensée pour la journaliste Iman al-Shanti, 36 ans, assassinée chez elle, à Sheikh Radwan, mercredi, avec son mari et trois de ses enfants. Son dernier tweet : « Comment se fait-il que nous soyons encore en vie ? Que Dieu accorde sa miséricorde aux martyrs10. » Une pensée pour Shadi al-Salafati et Wassim al-Shawa, photojournalistes assassinés hier par l’occupant à Nuseirat. Pour Mohammed al-Balusha, journaliste assassiné ce matin à al-Saftawi. Il s’agit du 195e journaliste assassiné à Gaza par l’occupant. C’est lui qui avait révélé au monde les prématurés décomposés dans les couveuses de l’hôpital al-NAsser, auxquels fait allusion Susan Abulhawa.

    Une pensée pour ces deux petits garçons très dignes, priant à travers leurs larmes, à côté des linceuls alignés de leur famille.

    Une pensée pour cette vieille femme, courant, seule, courbée sur un nouveau-né qu’elle serre contre elle. Puissent ces quatre vies fragiles, à la merci des bombes et de la famine, traverser saines et sauves le génocide.

    Marie Schwab, le 14 décembre 2024

    • 1. Oxfam, People in northern Gaza forced to survive on 145 calories a day, 3 avril 2024.
    • 2. Experts: International law has failed Gaza (vidéo), Al Jazeera, 10 décembre 2024.
    • 3. Riyad Mansour, General Assembly Security Council, Tenth emergency special session, A/ES-10/1012-S/2024/719, 8 octobre 2024.
    • 4. Mosab Abu Toha, 17 novembre 2024. Source : probablement Al Jazeera, Live updates (pages non archivées après clôture). Désolée pour cette approximation.
    • 5. Haoliang Xu cité dans : Israeli drone attack on aid convoy kills 12 as hunger crisis deepens, Al Jazeera,12 décembre 2024.
    • 6. Craig Mokhiber, Every accusation a confession: Israel and the double lie of ‘human shields’, Mondoweiss, 21 septembre 2024.
    • 7. Voir notamment Alain Gresh, Palestine, un peuple qui ne veut pas mourir, Les Liens qui libèrent, 2024, p. 19.
    • 8. Mohammed El-Kurd | This House Believes Israel is an Apartheid State Responsible for Genocide | 1/8 (vidéo), Oxford Union, 5 décembre 2024.
    • 9. Susan Abulhawa | Israel is an Apartheid State Responsible for Genocide | 7/8 (vidéo), Oxford Union, 14 décembre 2024.
    • 10. Palestinian Information Center, 11 décembre 2024.
  • Lafarge, laisse béton !

    Les 19 et 20 décembre, aura lieu le procès des 9 « inculpéEs Lafarge », à Évreux dans l’Eure.

    Un procès très politique à l’image de la répression qui s’abat sur les opposantEs à la marche destructrice du système capitaliste. La solidarité et la combativité s’imposent.

    Le béton : 8 % des émissions de CO2 par an

    En décembre 2023, des actions ont été menées par plus de 200 organisations écologistes, paysannes, syndicales, comités locaux des Soulèvements de la Terre et collectifs d’habitantEs en lutte contre l’artificialisation des terres, pour « mettre à l’arrêt la machine de mort » que représente l’industrie du béton. Le site Lafarge de Val-de-Reuil, dans l’Eure, fut investi par une soixantaine de militantEs pendant une dizaine de minutes. L’occasion aussi de protester contre le projet autoroutier A133-134 qui menace de détruire des centaines d’hectares de terres agricoles et forestières.

    C’est qui les terroristes ?

    En avril 2024, 17 personnes supposées avoir participé à l’action ont été interpellées chez elles, par des membres de l’antiterrorisme cagoulés et armés, défonçant les portes au bélier, y compris en se trompant d’adresse, traumatisant des voisins plongés dans l’incompréhension. Arrêtées, emmenées à différents endroits, interrogées 76 heures durant pour certaines d’entre elles, dont deux camarades du NPA d’Alençon (dont Christine Coulon, institutrice retraitée, militante depuis longtemps de notre courant politique et conseillère municipale durant trois mandats), elles ont été traitées comme de dangereux criminels : 8 furent relaxées par le tribunal d’Évreux, 9 seront jugées pour « association de malfaiteurs, dégradations de biens privés, séquestration » et encourent jusqu’à 10 ans de prison et une amende de 540 000 euros de dommages et intérêts réclamés par Lafarge. Or, des dirigeants de Lafarge, leader mondial du ciment seront jugés en 2025 pour « financement d’une entreprise terroriste », « complicité de crimes contre l’humanité », « violation d’un embargo » et « mise en danger de la vie d’autrui » en raison du soupçon de financement entre 2011 et 2015 de plusieurs organisations terroristes, dont l’État islamique, dans le but de maintenir son activité en Syrie. 

    La solidarité, notre arme 

    Une tribune de soutien a été signée par des organisations et des personnalités, dont nos camarades Christine Poupin, Philippe Poutou et Olivier Besancenot, ainsi que Clémence Guetté et Mathilde Panot de LFI, Guillaume Meurice, Cyril Dion, le député PS Philippe Brun. Des visuels circulent sur les réseaux sociaux, une cagnotte solidaire est en place. Le 14 décembre, une fête est organisée à Alençon (expo, concerts). Les 19 et 20 décembre, deux jours de soutien se préparent à Évreux : conférence de presse à l’entrée au tribunal, des tables rondes sur l’industrie du béton et sur la répression avec Cathy Billard pour le NPA-l’Anticapitaliste, un concert, des stands et un marché de Noël militant. Le NPA y prend toute sa part dans le refus de la criminalisation des mouvements de riposte à la destruction du monde. 

    Commission nationale écologie