Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Actualités nationales... - Page 131

  • Mayotte : arrêt immédiat de l’opération colonialiste Wuambushu !

    Depuis une semaine, Gérald Darmanin essaye de mettre en œuvre une opération nauséabonde à Mayotte, visant à démanteler, « décaser » des quartiers entiers, expulser 24000 habitants de l’île en deux mois, 400 personnes par jour.

    Faisant l’amalgame entre insécurité, délinquance et immigration, il veut faire des plus de 40% de la population venue des autres îles de l’archipel des Comores, les responsables de tous les maux, cherchant à attiser toutes les divisions au sein de la population. Le ministre de l’Intérieur qui a récupéré l’année dernière le portefeuille de l’Outremer, veut aussi se faire une publicité préélectorale et faire de l’opération Wuambushu les prémisses racistes de la loi immigration qu’il cherche à faire passer au parlement. Pire, à Mayotte, existe des dispositions dérogatoires au droit français : le droit du sol n’y est pas appliqué, et dépend de la résidence des parents : un tiers des « étrangers » à Mayotte sont nés et ont toujours vécus dans l’île. De plus, pour les titulaires de titres de séjour, Mayotte n’est pas la France, puisque leur titre ne leur permet pas de circuler dans les autres départements français. De fait, toutes ces distorsions créent des étrangers à Mayotte et exacerbent les tensions.

    L’archipel divisé en 1975

    Toute la population de Mayotte est comorienne, avec la même histoire, la même langue, la même religion, mais l’archipel des Comores a été divisé par la France à l’heure de la décolonisation en 1975, laissant Mayotte sous la coupe du colonisateur.  Et pire, depuis 1995, les Comoriens des autres îles, ont perdu la liberté de circulation et doivent obtenir un visa pour entrer à Mayotte. Un peu plus de 50% des habitants de Mayotte ont des papiers français, les autres, avec ou sans permis de séjour, viennent essentiellement des autres îles de l’archipel des Comores. C’est sur eux et elles que repose une bonne partie de la main d’œuvre des BTP et de l’agriculture. Mais Darmanin fait des « étrangers comoriens » les responsables de la misère, de la délinquance et des violences à Mayotte « les 60 bandes criminelles », « les délinquants étrangers » associant comme en France délinquance et immigration. C’est sur la seule population sans-papiers que le gouvernement fait retomber la responsabilité de la misère et des violences à Mayotte, des agressions et règlements de comptes entre bandes de jeunes alors que 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté et que l’habitat informel avec les bangas et les bidonvilles concerne 40% des logements. Les bandes de jeunes, les rackets et agressions ne sont pas le seul fait de jeunes arrivés d’Anjouan, l’habitat insalubre concerne aussi les Mahorais. La misère et la violence dans l’île ne sera pas réglée mais amplifiée par l’opération de Darmanin. Si les dirigeants français ont voulu garder Mayotte, ils n’en ont pas moins depuis 50 ans laissé les Mahorais dans la misère, l’île étant le 101e département et le moins doté en subvention publique, pour le logement, la santé, l’éducation, en proportion de ses 300 000 habitants, ce qui pousse beaucoup de jeunes Mahorais à migrer à La Réunion ou en France, tout comme les habitants des autres île des Comores migrent vers Mayotte pour y trouver, malgré tout, de meilleures conditions de vie.

    Plus de 44 arrêtés de création de locaux de rétention

    Darmanin met en scène en l’amplifiant et l’accélérant une pratique régulière du pouvoir depuis des années. Rien qu’en 2022, le CRA de Pamandzi a vu l’internement de 26 000 personnes aboutissant à 76% d’expulsions, car là aussi à Mayotte, le droit est dérogatoire : les recours devant le tribunal administratif ne suspendent pas les OQTF, l’AME (aide médicale de l’État), pour les étrangers, ne s’applique pas à Mayotte. Depuis des années des destructions de milliers de bangas, d’expulsions de Comoriens vers Anjouan, et sans doute, près de 15 000 morts sur des embarcations de Comoriens cherchant à atteindre Mayotte.

    L’opération policière, en ce moment, se fait avec les projecteurs des médias français, avec 5 escadrons de gendarmerie, plus de 400 militaires et une unité de CRS, 1 800 hommes pour que Darmanin présente son combat contre l’immigration, détruisant des quartiers, déscolarisant des enfants, sans aucune garantie de relogement, expulsant en 72 heures sans que puisse s’exercer les droits de recours, sans relogement pour les familles menacées d’expulsion. Le préfet de Mayotte a pris plus de 44 arrêtés de création de locaux de rétention administratives totalement illégaux, puisque pris après l’ouverture de ces LRA, dont beaucoup n’avaient qu’une existence de quelques jours, quelques heures, pour empêcher les associations de défense des droits des étrangers de faire leur travail. Le 29 avril, le juge des référés du Tribunal administratif de Mayotte a donné raison aux associations, Cimade, GISTI et ADDE sur tous les manquements aux droits des étrangers.

    Stopper l’atteinte aux droits humains

    Toutes les dispositions d’exception prises à Mayotte sur l’accès à la nationalité, sur les droits des étrangers sont bien des expérimentations qui peuvent être demain étendu à tout le pays.

    Mais tout en menant sa politique de mainmise coloniale sur Mayotte, la France n’en continue pas moins de soutenir aux Comores le président Azali Assoumani, autoritaire et contesté par son élection douteuse, président de l’Union des Comores, à plusieurs reprises depuis 1999 à l’issue d’un coup d’État.

    Le NPA appelle à mettre un terme à cette atteinte aux droits humains et à stopper l’opération Wuambushu, à annuler toutes les dispositions d’entrave aux droits des étrangers et au droit du sol, tout comme à l’autoritarisme policier et sécuritaire et au projet de loi Asile et Immigration de Darmanin, Macron et Borne.

  • Pas de trêve, pas d’apaisement : on est là et on sera là !

    Les manifestations du 1er Mai ont montré que le mouvement contre Macron reste extrêmement puissant. Pour gagner, nous avons besoin d’un programme unitaire d’action et de rupture avec les politiques capitalistes.

    Avec 2,3 millions de manifestantEs, ce 1er Mai est historique. Dans de nombreuses villes, ce sont 7, 8, 10 fois plus de personnes qui ont manifesté par rapport aux 1er Mai des années précédentes.

    Vers une grève massive le 6 juin

    Les chiffres restent très élevés pour un mouvement social, d’autant plus que le 1er Mai se situait pendant les vacances scolaires de deux zones et créait un week-end de trois jours, ce qui ne favorise pas la participation à la manifestation. On a vu des centaines de cortèges combatifs, prêts à continuer la lutte.

    Quelles sont les prochaines échéances pour le mouvement ? Le 3 mai, on saura si le Conseil constitutionnel valide le référendum d’initiative partagé (RIP) qui permettrait une mobilisation populaire, pétitionnaire, pour revenir à la retraite à 62 ans. Cette demande, bien minimaliste — nous sommes favorables au retour de la retraite à 60 ans, 55 pour les métiers pénibles, et 37,5 annuités de cotisations) —, si elle était rejetée, montrerait une fois de plus le caractère totalement antidémocratique de la 5e République. Son hypothétique acceptation ne serait toutefois que le début d’un long processus loin de garantir une victoire sur la contre-réforme des retraites.

    Ensuite, l’intersyndicale appelle à une nouvelle grève le 6 juin, deux jours avant le vote d’une loi proposant d’abroger la législation sur la retraite à 64 ans. Si cette date apparaît bien lointaine, nous devons nénamoins absolument réussir cette mobilisation du 6 juin, faire en sorte que la grève soit de nouveau massive, que cela exerce une pression maximale sur les députéEs pour tenter d’arracher une victoire en profitant de la faiblesse des macronistes à ­l’Assemblée nationale.

    Un affrontement global avec le pouvoir

    Mais il est peu probable que le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale aillent dans le sens de remettre en cause la réforme des retraites avec la seule pression d’une nouvelle grève le 6 juin. Car pour les institutions, l’enjeu s’est déplacé vers un affrontement plus global entre le pouvoir et le monde du travail. En interdisant les sifflets et cartons rouges au Stade de France, en arrêtant des centaines de personnes dans les manifestations, en mettant en danger de mort des manifestantEs comme à Sainte-Soline, le pouvoir montre qu’au-delà de cette réforme, il a prévu d’accélérer une politique antidémocratique et antisociale sans précédent dans un contexte où l’inflation continue de nous appauvrir à grande vitesse. Cette politique brutale a une dimension raciste évidente, comme le montre la situation à Mayotte, où le gouvernement entend déporter par la force 24 000 habitantEs — dont un tiers sont néEs sur le sol français et devraient donc avoir la nationalité.

    Nous sommes entréEs dans une période d’affrontement global avec Macron et son pouvoir, qui n’est pas aussi fort qu’il prétend l’être, comme le montre le fait qu’il soit obligé de lâcher quelques augmentations de salaires aux enseignantEs et de reporter la réforme du droit d’asile.

    Faire feu de tout bois

    Nous devons faire feu de tout bois pour gagner le retrait de la réforme et contre ce gouvernement : autour de la grève évidemment, mais aussi en construisant et multipliant les initiatives qui visibilisent le mouvement et notre opposition : les casserolades, actions, rassemblements, réunions publiques… Ce pouvoir est illégitime et minoritaire, cela doit continuer à se voir et à s’entendre !

    Faire feu de tout bois, également en multipliant les conflits sociaux sur toutes les questions : c’est le moment de revendiquer pour les salaires, le temps de travail, en profitant des fragilisations du gouvernement. De ce point de vue, l’extrême droite, qui tente de récupérer la colère, est un ennemi mortel car elle incarne ce qu’il y a de plus régressif pour nos droits et nos libertés.

    Nous avons besoin, face à cela, d’une contre-offensive unitaire du monde du travail, des classes populaires, de la jeunesse. Nous avons besoin que toutes les organisations, politiques, syndicales, associatives, se réunissent pour élaborer un programme d’urgence pour les classes populaires et contre le capitalisme, et mettent en place des structures pour organiser l’affrontement avec Macron. Pas de retrait, pas de paix ! Pas d’apaisement, nous serons là pour continuer le combat.

  • Le Pen et Bardella, ennemis des travailleurEs !

    «Chers amis, je ne cesserai jamais de vous dire, la politique est un acte d’amour ». C’est par ces mots que Marine Le Pen a ouvert son discours, le 1er Mai au Havre, lors de la « fête de la nation » organisée par le Rassemblement national. On aurait envie de rire, si la situation n’était pas aussi grave, en entendant la leader d’extrême droite nous parler d’amour alors que son parti contribue, depuis des décennies, à véhiculer la haine.

    Après cette entrée en matière lyrique, Marine Le Pen a ensuite dressé un tableau apocalyptique de la situation politique et sociale en France, et il ne lui aura pas fallu longtemps pour revenir aux fondamentaux en pointant « le risque d’effacement des millénaires d’histoire et de culture » — comprendre le « grand remplacement ».

    En délocalisant son rassemblement annuel au Havre, ville de tradition ouvrière, le RN entendait notamment faire passer un message, en surfant sur la contestation sociale actuelle : se préoccuper de la situation des travailleurEs, être au plus près du « peuple », en mettant en scène une opposition à un Macron au service des élites.

    Mais rien n’y a fait. Contre-réforme des retraites, salaires au plus bas, précarité, chômage : une seule réponse, nationaliste, chauvine, raciste, du côté de Le Pen, reprise par Bardella qui est intervenu dans la foulée pour vanter « une France fraternelle, où les Français seraient les premiers servis chez eux par l’instauration de la priorité nationale ».

    L’imposture « sociale » du RN a été une nouvelle fois mise en évidence, lui qui était déjà fort distant de la mobilisation sociale qui dure depuis trois mois. Et pour cause ! Opposé à un véritable retour à 60 ans avec baisse de la durée de cotisation, opposé à l’augmentation du Smic, opposé à la taxation des bénéfices et des grandes fortunes, le RN n’a rien à proposer aux salariéEs et aux classes populaires, qu’il essaie de flatter tout en se rangeant résolument du côté du capital.

    C’est ainsi que Le Pen et Bardella en ont appelé à « la paix sociale par le retour de l’autorité » : comprendre l’écrasement de toute forme de contestation sociale sur fond de négation de la lutte de classe et de construction d’ennemis de l’intérieur. Comme l’ont rappelé les près de 20 000 manifestantEs qui ont défilé le 1er Mai dans les rues du Havre : l’extrême droite est et demeure l’ennemie des travailleurEs, et la riposte sociale sera antifasciste ou ne sera pas !

    Julien Salingue

  • Faire du mouvement une force politique...

    À l’évidence, le pays traverse une crise sociale et une crise démocratique. On peut même dire raisonnablement que ces deux crises traduisent de fait une crise de régime, c’est-à-dire une incapacité de la classe dominante, la classe capitaliste, de continuer à exercer le pouvoir de manière normale en s’appuyant sur les institutions politiques actuelles.

    Lire la suite

  • Contre Macron et ses réformes, pour une alternative anticapitaliste, l’action continue !

    Les manifestations du 1er Mai ont montré que le mouvement contre Macron reste extrêmement puissant. Pour gagner, nous avons besoin d’un programme unitaire d’action et de rupture avec les politiques capitalistes. 
     
    Avec 2,3 millions de manifestantEs, ce 1er Mai est historique. Dans de nombreuses villes, ce sont 7, 8, 10 fois plus de personnes qui ont manifesté par rapport aux 1ers Mai des années précédentes. 
     
    Vers une grève massive le 6 juin 
    Quelles sont les prochaines échéances pour le mouvement ? Le 3 mai, on saura si le Conseil constitutionnel valide le référendum d’initiative partagé (RIP) qui permettrait une mobilisation populaire, pétitionnaire, pour revenir à la retraite à 62 ans. Cette demande minimaliste – nous sommes favorables au retour de la retraite à 60 ans, 55 pour les métiers pénibles, et 37,5 annuités de cotisations – si elle était rejetée, montrerait une fois de plus le caractère totalement antidémocratique de la Ve République. Son hypothétique acceptation ne serait toutefois que le début d’un long processus loin de garantir une victoire sur la contre-réforme des retraites. 
    Ensuite, l’intersyndicale appelle à une nouvelle grève le mardi 6 juin, deux jours avant le vote d’une loi proposant d’abroger la législation sur la retraite à 64 ans. Nous devons absolument réussir cette mobilisation, faire en sorte que la grève soit de nouveau massive, que cela exerce une pression maximale sur les députés. 
     
    Un affrontement global avec le pouvoir 
    Mais il est peu probable que le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale aillent dans le sens de remettre en cause la réforme des retraites avec la seule pression d’une nouvelle grève le 6 juin. Car pour les institutions, l’enjeu s’est déplacé vers un affrontement plus global entre le pouvoir et le monde du travail. En interdisant les sifflets et cartons rouges au Stade de France, en arrêtant des centaines de personnes dans les manifestations, en mettant en danger de mort des manifestantEs comme à Sainte-Soline, le pouvoir montre qu’il a prévu d’accélérer une politique antidémocratique et antisociale sans précédent dans un contexte où l’inflation continue de nous appauvrir à grande vitesse. Cette politique brutale a une dimension raciste évidente, comme le montre la situation à Mayotte, où le gouvernement entend déporter par la force 24 000 habitantEs – dont un tiers sont néEs sur le sol français et devraient donc avoir la nationalité. 
    Nous sommes entréEs dans une période d’affrontement global avec Macron et son pouvoir, qui n’est toutefois pas aussi fort qu’il prétend l’être, comme l’a montré le fait qu’il soit obligé de lâcher des augmentations de salaires aux enseignantEs et de reporter la réforme du droit d’asile. 
     
    Faire feu de tout bois 
    Nous devons faire feu de tout bois pour gagner le retrait de la réforme et contre ce gouvernement, autour de la grève évidemment, mais également en construisant et multipliant les initiatives qui visibilisent le mouvement et notre opposition : les casserolades, actions, rassemblements, réunions publiques… Ils sont illégitimes et minoritaires et ça doit continuer à se voir et s’entendre ! Mais nous devons également faire feu sur toutes les autres questions : c’est le moment de revendiquer pour les salaires, le temps de travail, en profitant des fragilisations du gouvernement. De ce point de vue, l’extrême droite, qui tente de récupérer la colère, est un ennemi mortel. Elle incarne ce qu’il y a de plus régressif pour nos droits et nos libertés. 
    Face à cela, nous avons besoin d’une contre-offensive unitaire du monde du travail, des classes populaires, de la jeunesse. Nous avons besoin que toutes les organisations, politiques, syndicales, associatives, se réunissent pour élaborer un programme d’urgence pour les classes populaires et contre le capitalisme, et mettent en place des structures pour organiser l’affrontement avec Macron. 
    Pas de retrait, pas de paix ! 

  • Macron : le début de la fin ?

    C’est une « petite phrase » glissée par Macron dans la longue interview qu’il a accordée au Parisien le 23 avril : « Je ne suis ni naïf ni dupe, les réformes des retraites, c’est toujours difficile. Depuis qu’il y en a eu, elles se passent toujours mal. Donc, c’est toujours mieux de le faire en début de mandat. » Arrogant comme à son habitude, Macron joue ici les fiers-à-bras, comme il le fait tout au long de cette interview-fleuve au cours de laquelle il multiplie les provocations sur fond d’autosatisfaction.

    Plus que jamais, Macron apparaît « en même temps » déconnecté du réel et déterminé à poursuivre son entreprise de contre-révolution néolibérale. C’est ainsi qu’il justifie de ne pas taxer les grandes entreprises tout en assurant qu’il faut davantage contraindre les chômeurEs, ou qu’il affirme sans rire que les casserolades et autres rassemblements organisés à l’occasion de ses déplacements ou ceux de ses ministres font « dysfonctionner notre démocratie [car] le but est d’empêcher les autres de s’exprimer ».

    Et le reste est à l’avenant jusqu’à une ultime provocation : « Marine Le Pen arrivera [au pouvoir] si on ne sait pas répondre aux défis du pays et si on installe une habitude du mensonge ou de déni du réel. » On croit rêver, ou cauchemarder, face à ce renversement de la culpabilité venu du chef d’une « majorité » spécialiste des fake news (sur les retraites à 1 200 euros, les retraites des femmes, etc.) et particulièrement qualifié dans le domaine du « déni de réel » face à une opposition massive à sa politique.

    Au-delà des « petites phrases », le message envoyé par Macron est clair : il prétend rester droit dans ses bottes et garder le cap, faisant mine de ne pas voir qu’il est minoritaire. Mais dans le même temps, la fébrilité est palpable puisque la condition pour adopter ce positionnement est une occultation totale de l’ampleur et de la profondeur de la contestation face à la contre-réforme des retraites et, au-delà, de l’opposition à son projet de société ultra-libérale.

    Comme un encouragement à multiplier les initiatives, à continuer les casserolades, la chasse aux ministres et autres représentants du gouvernement, et à se donner la perspective d’un blocage total du pays, du fonctionnement de son économie et de ses institutions. Pour les faire reculer, et pour que le « début de mandat » de Macron soit en réalité le début de la fin.

    Julien Salingue

  • « Avec la loi du 2 mars 2010, on peut interpeller des gens parce qu’on leur prête une intention »...

    Entretien. Lors de la manifestation parisienne très massive du 23 mars dernier, après l’usage du 49.3 et les nombreuses violences policières qui ont suivi, nous avions rencontré Fabien Jobard, politologue et directeur de recherche au CNRS sur les questions de police et justice.

    En matière de « maintien de l’ordre », quelle analyse fais-tu entre « avant » et « après » le 49.3 ?

    La vraie différence entre avant et après, c’est le changement dans la forme que prennent les manifestations. Le temps que durait la discussion parlementaire, les manifestants exerçaient leur présence massive par le pouvoir du nombre, pour faire pression sur les discussions à l’intérieur du Parlement. À partir du moment où le 49.3 est acté, il n’y a plus de discussion au Parlement et il y a un changement de la finalité même des manifestations : qui manifeste et pour quoi ? contre qui ? Les syndicats, l’intersyndicale ont cadré les manifestations de manière à ce qu’elles se déroulent en parallèle, en faisant pression sur le Parlement. Ils sont désormais obligés de reforger tout un travail argumentatif pour remettre les gens dans la rue, les encadrer, mais les encadrer pour quoi ? pour qui ? Donc après le 49.3, il existe un ensemble de manifestantEs qui manifestaient tout en disant « mais non, ce n’est pas au Parlement qu’on peut attendre qu’une telle contre-réforme des retraites soit combattue, c’est dans la rue » ! Et bien évidemment, ils ont un boulevard d’opportunités qui s’offre à eux. Et parmi les manifestants qui croyaient dans la force de la discussion parlementaire, il y en a beaucoup qui se joignent à ceux qui ne croient pas dans le Parlement. On a un moment de flottement. On voit les manifestants les plus radicaux, d’une certaine manière, prendre le lead, la tête des mouvements épars qu’on voit un peu partout en France. Ils sont légitimés. Leur légitimité est gonflée à bloc par le coup d’arrêt porté à la discussion parlementaire. Alors évidemment, face à ce type de manifestantEs et de manifestations, on voit d’autres stratégies policières se déployer, avec notamment un ensemble d’unités qui agissent aux fins de dispersion, dislocation, interpellations. Et ça donne lieu aux violences. 

    On est d’accord que manifester ce n’est pas un délit…

    Manifester, ce n’est pas un délit, même quand la manifestation n’est pas déclarée, contrairement à ce qu’a affirmé Gérald Darmanin. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme est très claire, elle parle de la manifestation comme d’un désordre acceptable, et donc elle vise le plus faible encadrement juridique possible de la manifestation. On n’a pas à demander l’autorisation pour manifester. Une manifestation ne peut être un délit. Des gens peuvent à l’intérieur d’un rassemblement, soit festif soit revendicatif, se livrer à des délits, mais la manifestation n’est jamais un délit. Sauf lorsqu’elle est explicitement interdite et qu’en s’y rendant, on refuse d’exécuter les commandements de la force publique. À ce moment-là, on est passible d’un délit, mais qui est un délit très particulier qui est celui d’attroupement. 

    Si on prend l’exemple de la soirée du 16 mars à la Concorde à Paris, il y a 292 personnes interpellées, seulement 9 sont déferrées. Peut-on parler d’arrestations arbitraires ?

    Ces chiffres montrent qu’il y a eu des vagues d’interpellations commises sur des personnes qui n’ont pas commis de délit, qui n’ont pas commis d’infraction. Ces interpellations sont autorisées par les lois les plus récentes. Avant 2010, ces interpellations n’étaient pas possibles. Avec la loi du 2 mars 2010, dite « loi Estrosi », sur la participation à un groupement formé en vue de commettre des infractions, on peut interpeller des gens parce qu’on leur prête une intention. Évidemment, c’est très dangereux en droit pénal. C’est du droit pénal préventif. Et c’est sur la base de ce type de législation qu’on a procédé à ces interpellations-là, face auxquelles d’ailleurs la justice répond qu’elle n’a pas de base pour poursuivre.

    Il y a aussi eu les gazages massifs et un usage de la force complètement disproportionné. Qu’est-ce que cela dit du gouvernement en place ?

    Je ne sais pas ce que ça dit du gouvernement en place. Il y a trois lectures possibles de cette violence. 

    La première lecture consiste à dire qu’au fond tous les épisodes qui ont été filmés, enregistrés relèvent de policiers qui n’ont pas bien compris l’uniforme qu’ils ont endossé et qui frappent à tout va : c’est la bavure individuelle.

    La deuxième solution, c’est de dire qu’en fait il y a des sections dans la police qui ont une doctrine particulière ou qui ont un entraînement particulier, un enseignement qui les amène à privilégier l’usage individuel de la force plutôt que la doctrine de maintien de l’ordre. 

    La troisième solution, c’est celle que ta question suggère, c’est que le gouvernement donne des ordres de brutalité. On peut donner des ordres de fermeté. Ce n’est pas la même chose que donner des ordres de brutalité. 

    Là, pour le coup, je ne suis pas dans le secret des dieux. Mais mon hypothèse, c’est qu’il y a effectivement un ensemble de sections dans la police, notamment les BRAV-M, qui sont formées le jour même et qui sont en fait des policiers le plus souvent affectés à des unités de contrôle des violences urbaines. Et pour ces policiers, il y a des manifestants et il y a des émeutiers. Dès lors qu’on est émeutiers, on a mérité selon eux une chose : la matraque. Pourquoi ? Parce que ces policiers-là partent du principe que la justice ne va pas punir, que la justice est laxiste. Le problème de la police, c’est la justice. Et donc ils administrent sur place et sur pièces une sanction : coups de matraque, brutalités diverses. Les policiers sont convaincus que c’est comme ça qu’on va mettre un terme au mouvement, en diffusant la peur, et on sanctionne l’auteur de… on ne sait pas trop quoi, car s’il y avait une infraction, on pourrait interpeller et présenter devant le procureur. Donc, on sanctionne… un émeutier parce qu’il est né émeutier.

    Il y a de nombreux témoignages de manifestantEs qui ne sont pas du côté des émeutiers et qui se retrouvent en garde à vue, qui se retrouvent matraqués. Comment on explique ça ?

    Effectivement ces gens-là peuvent être pris dans des nasses, qu’on aurait appelé des rafles à d’autres moments. Les policiers s’en prennent parfois même à des individuEs qui n’ont pas voulu prendre part au mouvement, à des gens qui sortent d’un restaurant ou de leur salle de gym, ou qui vont chez eux. Mais là, les policiers obéissent à des demandes, à des ordres de la salle de commandement. Ou bien les policiers considèrent que les personnes font partie d’un rassemblement qui n’a pas été déclaré donc illégal et qu’elles sont déjà auteurEs d’une infraction. Ce qui est évidemment une lecture complètement erronée du droit de la manifestation et qui conduit à ces violences. 

    Est-ce que ceux qui sont censés maintenir l’ordre ne créent pas en fait le désordre ? 

    Cette dynamique, on la voit à chaque fois que la situation semble échapper au directeur des dispositifs. On l’a très bien vu avec le mouvement des Gilets jaunes, il y a souvent des cycles de mobilisations qui s’engagent sur une question ou une autre. Pour les Gilets jaunes, la question qui était bien plus étroite que celle de la réforme des retraites, était l’introduction d’une nouvelle taxe sur l’essence. Le mouvement a démarré mi-novembre 2018, et dès début janvier 2019 le moteur principal du mouvement, c’était la protestation contre les violences policières. Et il est tout à fait possible que ce cycle de mobilisations débouche sur un autre, ou bien que les deux se conjuguent pour que tu aies des mobilisations : une mobilisation massive, toujours massive contre la réforme des retraites et des mobilisations contre les violences policières, la violence d’État, etc. Et donc un cycle répond à l’autre et les deux s’alimentent réciproquement. 

  • Un moment répressif dans un cours autoritaire global...

    En engageant une procédure de dissolution des Soulèvements de la Terre quelques jours après le brutal épisode répressif de Sainte-Soline, Gérald Damarnin a montré qu’il n’avait nullement l’intention, bien au contraire, de ralentir le cours autoritaire de la macronie. Confirmation dans la foulée avec la mise en cause de la Ligue des droits de l’homme (et de ses subventions publiques), accusée d’être trop critique de l’institution policière. Deux épisodes qui ne sont nullement des « dérapages » mais bien l’illustration de ce à quoi en est réduit un pouvoir fragilisé, délégitimé, minoritaire, qui s’appuie plus que jamais sur l’appareil répressif pour rester en place. 

    Lire la suite